JÉRÔME LE ROYER, SIEUR DE LA DAUVERSIÈRE (1597-1659)

ROYER

(Jérôme Le Royer de La Dauversière. Vitrail au Cours Le Royer (Vieux-Montréal). Oeuvre de Pierre Osterrah, maître verrier et sculpteur)

39-01

(Une section de la rue Le Royer dans le Vieux-Montréal transformée en promenade appelée Les Cours Le Royer, bordée d’anciens magasins-entrepôts datant des années 1861-1872 maintenant aménagés en appartements et en bureaux. Photo: Normand Rajotte réalisée pour l’ouvrage L’histoire du Vieux-Montréal à travers son patrimoine, 2004.)

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LIMINAIRE

17 Mai 2016, jour pour jour, date anniversaire de la fondation de Montréal, VILLE-MARIE EXPRESS présente très succinctement, l’homme derrière ce projet de fondation missionnaire sur l’île de Montréal. Nous saluons particulièrement, nos religieuses hospitalières de Saint-Joseph sises à Montréal sans oublier celles de La Flèche, héritières de la spiritualité et du dévouement voulu par leur fondateur. Nous avons aussi une pensée pour Marie de La Ferre, co-fondatrice de votre communauté.

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Jérôme Le Royer de La Dauversière. Il fut un temps où une commission scolaire de Montréal en portait le nom. Mais dans la foulée d’une reconfiguration du nombre de commissions scolaires au Québec, l’on en profita pour liquider cette appellation au profit de la commission scolaire de la Pointe-de-l’Île. Ça au moins l’avantage d’être moins long à écrire. Admettons tout de même que c’est joli. Malgré tout, avouons que la toponymie montréalaise continue à mettre à mal sa mémoire historique. Soyons beau joueur et signalons, tout de même, que la commission scolaire de la Pointe-de-l’Île a en son sein une école primaire du nom de La Dauversière qui longtemps porta le nom de Jérôme Le Royer!

Mais pour certains, Jérôme Le Royer de La Dauversière est le vrai fondateur de Montréal bien qu’il n’y ait jamais mis les pieds! Pour d’autres, c’est l’homme derrière le projet de Montréal ce qui n’est nullement faux au contraire. Et pour dom Guy-Marie Oury o.s.b. (1929-2000), et pour plusieurs, Jérôme Le Royer est l’homme qui a conçu Montréal.

En fait, Jérôme Le Royer, est, en quelque sorte et à sa manière, fondateur, homme derrière le projet de Montréal et celui qui l’a conçu. Il en aurait eu la vision au sens propre comme au sens figuré (1631). Il en a été l’âme, le catalyseur des énergies humaines qu’il sollicitait. Pour nous, en langage d’aujourd’hui, nous pouvons dire que l’homme de La Flèche (France) a été l’idéateur de ce projet. Il visualisait dans sa tête le Montréal qu’il envisageait de bâtir ou plutôt de faire bâtir par des cohortes de colons encadrés par des personnes de haute compétence mais surtout audacieuses. Mais une des choses qu’il n’avait pas prévue, c’est la résistance acharnée de la nation iroquoise à la venue et à l’installation des colons français en Amérique du nord et particulièrement sur l’île de Montréal. Là où jadis, une tribu iroquoise y avait installée son village du nom d’Hochelaga.

Jérôme Le Royer naît à La Flèche (France) en 1597, une petite ville en Anjou aujourd’hui située dans la Sarthe. On parle d’une population approximativement de 5000 habitants dont au moins un millier sinon davantage sont d’âge scolaire ou étudiant. Et qu’est-ce qui explique un tel nombre d’étudiants? Tout simplement à cause du réputé collège Henri IV tenu par les jésuites (aujourd’hui devenu le Prytanée militaire) établit à La Flèche.

Dès l’âge de 11 ans, Jérôme fréquente ce collège où il aura comme condisciple le futur philosophe René Descartes. Cogito ergo sum cela vous dit de quoi? Le Je pense donc je suis de nos premiers cours de philosophie. Mais encore mieux, il eût comme confrère d’étude Charles Huault de Montmagny, futur premier gouverneur de la Nouvelle-France (1636-1648). Jérôme Le Royer venait à peine de terminer ses études (1617) que son père meurt l’année suivante. Il est l’aîné d’une fratrie de trois enfants. C’est en 1622 alors qu’il atteint ses 25 ans soit la majorité à l’époque, qu’il accède officiellement au poste de percepteur des tailles (percepteur d’impôt) comme l’avait été son père précédemment.

Il contracte mariage en 1621 avec Jeanne de Baugé avec laquelle il aura cinq enfants. En comptant sur l’appui indéfectible de Jeanne et sur sa complicité, Jérôme en homme d’action cumulera plusieurs charges qui le mèneront à voyager régulièrement et à grever son budget comme on verra plus tard. Mais toute sa vie active reposera sur une vie intérieure nourrie de prières intenses et d’une dévotion sans pareil envers la Sainte-Famille autant comme une réalité globale vivante et vivifiante qu’envers les trois personnes qui la composent à savoir Joseph, Marie et Jésus.

Le 2 février 1630, mû par une inspiration divine dans un moment de prière intense, il envisage de fonder une communauté de religieuses non cloîtrées au service du vieil hôpital de La Flèche. Avec l’appui moral et financier de son indéfectible ami Pierre Chevrier, baron de Fancamp, il fait retaper l’Hôtel-Dieu de La Flèche et dédie une chapelle au nom de Saint-Joseph et le confie à cette nouvelle communauté de soeurs soignantes connue désormais sous le nom des religieuses hospitalières de Saint-Joseph.

Le projet d’établissement d’une colonie à Montréal venu aussi d’une inspiration divine se confirme dans l’esprit de Jérôme le Royer autour de l’an 1635. À cette époque, il rencontre opportunément, Jean-Jacques Olier, fondateur de Saint-Sulpice qui est lui aussi intéressé par un tel projet missionnaire. Mais occupé et préoccupé par le relèvement et la rénovation de l’Hôtel-Dieu de La Flèche, Le Royer doit repousser de quelques années le projet de Montréal.

Mais autour des années 1639-1640 le projet d’établissement sur l’Île de Montréal devient une priorité. Bien que Jérôme Le Royer n’ait jamais mis le pied sur le sol de Ville-Marie, sa charge de travail n’en n’est pas moins hautement méritoire. En collaboration avec son ami le baron de Fancamp, il s’assure de l’envoi des premiers approvisionnements. Et cela du début à la fin. Par approvisionnements, l’on entend denrées, outils, artillerie, munitions et tout le nécessaire sans oublier le courrier. D’ailleurs, à La Flèche, un entrepôt au nom de Montréal est à disposition. Et cela, sans oublier, l’incessant travail de recrutement de colons.

Mais un projet de colonie missionnaire dans un territoire du Nouveau Monde ne peut être l’apanage d’un seul homme aussi doué et dévoué soit-il. Jérôme Le Royer peut compter sur l’appui actif et financier d’une confrérie du nom de la Société de Notre-Dame de Montréal (1639-1663) dont Jean-Jacques Olier deviendra le directeur en mars 1650. Cette confrérie est en quelque sorte un réseau de contacts, composée d’hommes et de femmes, liés par des objectifs communs et qui s’active afin de faire aboutir un projet collectif.

Pendant près de vingt ans (1639-1659), Jérôme Le Royer, tout en cumulant différentes tâches et fonctions à La Flèche et dans le pourtour de l’Anjou, s’est consacré corps et âme, comme disent les anciens, pour l’édification de Ville-Marie. Il mourut en 1659, usé par le travail, les soucis, les préoccupations, et lesté par des dettes liées à ses différents engagements et particulièrement de son projet de colonisation missionnaire.

Mais pour les Fléchois comme pour les Montréalais, Jérôme Le Royer se classe dans la catégorie des Hommes d’exception. Épaulé par les membres de la Société Notre-Dame de Montréal, il a pu au fil du temps réunir autour du projet de Ville-Marie, des personnes comme Maisonneuve, Jeanne Mance, Marguerite Bourgeoys dont les fruits sont encore visibles et palpables aujourd’hui en notre sol montréalais et en nos murs.

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LECTURES CONSULTÉÉS

Beaulieu Bertille, r.h.s.j., Jérôme Le Royer de La Dauversière 1597-1659, Les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, Montréal, 1994.

Oury, Guy-Marie, «La liquidation judiciaire des biens de Jérôme Le Royer de La Dauversière et le financement de Montréal», Les Cahiers des dix, no 49, 1994, p.51-73. (Article retracé sur le site Erudit.org)

Oury, Guy-Marie, «Le projet missionnaire de M. De La Dauversière, Premier Seigneur de Montréal», Études d’histoire religieuse, vol.59, 1993, p. 5-23. (Article retracé sur le site Erudit.org)

Oury, Guy-Marie, «Pierre Chevrier, baron de Fancamp, co-seigneur de l’Île de Montréal (Nouvelles Recherches), Les Cahiers des dix, no 47, 1992, 11-40. (Article retracé sur Erudit.org)

 

LECTURE SUGGÉRÉE

Brault, Jean-Rémi (dir.), Les Origines de Montréal, Actes du colloque organisé par la Société historique de Montréal, Leméac, Montréal, 1992.

 

 

 

 

 

 

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