ELLE S’APPELAIT RENÉE CLAUDE (1939-2020)

Rue de la Montagne. Serge BRUNONI. Acrylique 36 X 48 pouces. Galerie d’art IRIS.

(Devanture de l’école Ignace-Bourget. Connue anciennement sous le nom de l’Académie Ignace-Bourget. Photo: MTLURB.com)

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En effet, elle s’appelait Renée Claude de son nom d’artiste. J’avais dix ans quand je l’ai connu. Oui, oui dix ans. Je l’avais vu en compagnie de Stéphane Venne. Ils sortaient, tous les deux, d’un commerce de nettoyeur sis sur la rue de la Montagne jouxtant l’école primaire Ignace-Bourget que je fréquentais à l’époque. Nous sommes en 1969, en plein mouvement de la contre-culture, du refus de faire la guerre au Vietnam, du «  flower power  » et de l’amour libre.

Quelle ne fut pas ma surprise, d’entendre en 1970 une chanson qui parlait des enfants de la rue de la Montagne. Je m’y suis d’abord reconnu jusqu’à ce que plus tard, rendu adulte, je me suis rendu compte que les enfants de la rue de Montagne faisaient principalement référence aux adultes de l’ère du temps avec des fleurs dans les cheveux!

Cela dit, en Renée Claude le Québec et le Canada français perd l’une de ses grandes interprètes. De celles que l’on peut classer dans la même catégorie que Pauline Julien et Monique Leyrac. Au Québec, il est toujours plus difficile de voir la grande faucheuse venir nous prendre nos monuments culturels et/ou politiques. Nous avons toujours l’inquiétude de n’être pas en mesure de voir les générations futures les remplacer.

Pourtant, malgré notre américanisation culturel rampante à l’instar de l’ensemble des aires géographiques occidentales et des peuples voulant se mettre à la mode, nous finissons toujours par sortir un beau et bon lapin du chapeau afin de faire perdurer dans le temps, notre culture française et québécoise. Ce qu’on appelait à une certaine époque l’idée de Survivance et qui ne se résumait pas à sortir, seulement, la tête de l’eau mais bien plutôt de persister dans l’être d’un peuple. C’était l’idée de durer voire de perdurer tout en s’améliorant.

Madame Claude, Renée de son prénom, a chanté les grands auteurs classiques du répertoire français, Brassens, Ferré, sans oublier les auteurs québécois, principalement Stéphane Venne, Jean-Pierre Ferland, Luc Plamondon. Discrète de nature dans sa vie personnelle, Renée Claude se révèle en nous laissant une voix douce, chaleureuse jamais agaçante ou irritante.Une voix qui habite les chansons qu’elle prenait le temps d’interpréter.

Je suis passé récemment sur la rue de la Montagne, j’ai revu la devanture de l’école Ignace-Bourget qui redeviendra sous peu une école avec de vrais enfants comme à mon époque (1969-1970). Hélas! le commerce de nettoyeur n’existe plus. Mais la rue et sa chanson éponyme existent encore. Merci Renée Claude. Merci Stéphane Venne.

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La chanson de la rue de la Montagne par Renée Claude sur Youtube.

https://www.youtube.com/watch?v=CeMYBDIW_ss

UNE MARGUERITE EN TERRE DE VILLE-MARIE

(Sculpture « Hommage à Marguerite Bourgeoys ». Sculpteur et modeleur: Jules Lasalle. 1988. Photo: Pierre Obendrauf. Montreal Gazette. 14.04.2020)

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La rédaction de VILLE-MARIE EXPRESS est heureuse d’accueillir dans ses pages un texte d’un vieil ami du rédacteur en chef, en la personne de l’abbé Marcel Lessard. L’abbé Lessard est titulaire d’une maîtrise en théologie. Depuis janvier 2020, il est doctorant en histoire à l’UQÀM. L’abbé Lessard n’a pas nécessairement d’affiliation qu’on lui connaisse avec l’abbé Henri Brémond pas plus qu’avec notre chanoine Lionel Groulx mais il fait partie de ses rares prêtres qui savent allier une vie spirituelle avec une vie intellectuelle toujours en renouvellement. Il nous offre un court texte portant sur Marguerite Bourgeoys qui navigue entre histoire, hagiographie et poésie. Bonne lecture!

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C’était ce dimanche venteux et glacial du 12 janvier dernier, nous nous rendions à la petite chapelle de Notre-Dame-de-Bon-Secours dans le Vieux-Montréal. Le mauvais temps nous empêchait de remplir l’église. Nous allions entourer Mgr Lépine pour célébrer la fête de sainte Marguerite Bourgeoys qui coïncidait cette année avec la fête du Baptême du Seigneur. Belle coïncidence pour souligner les vertus et la mission de celle qui a donné toute sa vie en réponse aux engagements de son baptême. La célébration de l’Eucharistie fut sobre et combien signifiante, presqu’intime pour les « filles séculières » de la Congrégation Notre-Dame.

Nous inaugurions à cette occasion l’ Année Marguerite Bourgeoys pour nous rappeler le 400è anniversaire de sa naissance. Née le 17 avril 1620, un Vendredi-Saint, elle fut baptisée le Dimanche de Pâques suivant à l’église Saint-Jean-du-Marché. C’était fête dans la famille Bourgeoys pour accueillir cette enfant, la septième dans cette famille de treize enfants. Le papa Abraham était marchand et fabricant de cierges et de bougies. La petite fille a joué et grandi à l’ombre du chevet de son église paroissiale dans le faubourg de Troyes, en Champagne. Ses jeux d’enfant sont déjà empreints de délicatesse et d’attention envers ses compagnes. Se préoccuper des autres et organiser les rencontres joyeuses étaient déjà ses traits de caractère.

Voilà que devenue jeune fille, elle se lie d’amitié avec demoiselle Louise Chomedey et commence à participer aux activités des filles de la Congrégation de Notre-Dame nouvellement établie à Troyes. Lors d’une procession en la fête du Rosaire au couvent des Jacobins, elle est frappée par la beauté d’une statue de Marie qui semble lui sourire. Cette émotion ressentie dans son âme ne demeure pas sensiblerie passagère mais vient la bouleverser et l’interpeller. Cette beauté de Marie l’entraîne à vouloir changer de vie pour vivre désormais à la manière de celle qui «méditait toutes ces choses dans son coeur». Sa piété et ses dévotions sont intégrées dans une vie spirituelle déjà éveillée par la grâce du Baptême. Au cours de ces années de discernement, la jeune femme dans la vingtaine sent un appel pressant de fonder un regroupement de femmes et d’aller en mission. Sa dévotion mariale prend un élan aux allures missionnaires. Dans l’église paroissiale voisine, elle va souvent prier devant une statue qui représente la rencontre de Marie et de sa cousine Élizabeth. (J’ai vu cette statue fort jolie et inspirante!). Une joie rayonne de cette Visitation de Marie à Élizabeth, deux femmes porteuses du mystère de notre salut, le Précurseur et le Sauveur. La jeune fille devenue féconde est accueille par sa cousine âgée qu’on disait stérile; et, les deux, s’embrassent de joie! Cette scène de la Visitation inspire Marguerite. Ce sera Marie « voyagère » qui guidera désormais ses pas dans une aventure extraordinaire.

Une rencontre avec le frère de son amie Louise Chomedey sera l’occasion inattendue de mettre en oeuvre sa mission. En effet, Paul Chomedey rend visite à sa soeur et va régler des affaires de famille dans sa ville natale de Neuville-sur-Vanne. Il a fondé, onze ans plus tôt, une petite communauté appelée Ville-Marie sur l’île de Montréal. Le nom de cette communauté manifeste déjà la dévotion mariale qui l’anime. Marguerite sent que Marie « voyagère » va l’entraîner en mission dans le Nouveau Monde… C’est en 1653, elle a alors 33 ans… Aux moments de certaines hésitations, elle entend Marie la rassurer: « Va, je ne t’abandonnerai pas…! »

Nous allons la suivre bientôt sur les traces qu’elle a laissées dans les forêts et les neiges de la Nouvelle-France. D’ici ce prochain rendez-vous, il y aura la Messe Solennelle du 378è anniversaire de Montréal qui sera aussi présidée par notre Archevêque, le dimanche 17 mai 2020 à 11h00. Cette fête de Montréal s’inscrira aussi dans les festivités de l’ «Année Marguerite Bourgeoys». À vos agendas! c’est une visitation à ne pas manquer.

LE 377è de MONTRÉAL: UN HOMMAGE À DES BÂTISSEUSES DE PRÉSENT ET D’AVENIR

(L’Arrivée des trois religieuses hospitalières de La Flèche en 1659. Vitrail.)


(Peinture. Artiste inconnue. Musée des soeurs de Miséricorde)

(Affiche Publicitaire. Journées de la Culture 2018. Musée des Soeurs de Miséricorde)

(Émilie Tavernier-Gamelin. 1800-1851.)

(Mère Émilie Gamelin. Bronze. Sculpteur: Raoul Hunter (1926-2018). 1999. Photo: Michel Dubreuil/16.04.2007. Édicule de la station Berri-UQÀM)

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LIMINAIRE

Des circonstances hors de notre contrôle, nous ont obligés de retarder la publication de cet article. L’événement étant déjà du passé, nous avons cru bon et nécessaire de remanier quelque peu le texte afin d’en parler plutôt comme témoin des événements.

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Cette année dans le cadre du 377è anniversaire de la fondation de Montréal (1642-2019), le comité de préparation de la messe annuelle de commémoration sous la présidence de l’abbé Marcel Lessard a tenu à rendre hommage à trois communautés religieuses d’ici ainsi qu’à leurs fondatrices respectives en soulignant un jubilé particulier en cet an de grâce 2019 comme on disait à une certaine époque. Ces trois communautés féminines sont les religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, les soeurs de la Providence et finalement, les soeurs de Miséricorde

Les religieuses Hospitalières de Saint-Joseph célèbrent le 350è de l’arrivée à Ville-Marie (1659-2019) des trois premières Hospitalières venant de la ville de La Flèche et qui avaient pour noms Judith Moreau de Brisoles, Catherine Macé et Marie Maillet. C’est justement à ces trois hospitalières que se joindra, en 1662, Marie Morin âgée alors de seulement 13 ans qui deviendra par le fait même la première hospitalière d’origine canadienne et qui, de plus, comme on le sait, rédigera de 1697 à 1725 les célèbres Annales de l’Hôtel-Dieu de Montréal, ce qui en fera, ainsi, la première « historienne » de Montréal juste un peu avant L’Histoire du Montréal de Dollier de Casson.

De leur côté, les religieuses de la Providence célèbrent le 175è anniversaire de leur fondation par Émilie Gamelin. Cette célèbre Mère Gamelin  que l’on croise régulièrement à l’une des portes d’accès du métro Berri-UQÀM tandis que les religieuses de Miséricorde célèbrent l’inauguration de la célèbre Crèche de la Miséricorde fondée en 1879.

À ceux et celles qui se demandent pourquoi en cette commémoration de la fondation de Ville-Marie/Montréal ne pas s’en tenir comme à l’habituel à honorer le gouverneur Chomedey de Maisonneuve ainsi que la proviseure et infirmière, Jeanne Mance, la réponse est toute simple et se décline en deux raisons. D’abord, la première c’est que ces derniers temps, nous avons passablement parlé de nos deux illustres fondateurs. Puis, dans un deuxième temps, nous serions bien avisés de faire ressortir la phrase prophétique du père Vimont, tirée de l’évangile, incrustée dans le granit et le bronze du monument à Maisonneuve (place d’Armes) dites lors de la messe du lendemain de l’arrivée de la première recrue en mai 1642 et qui se lit comme suit: « Vous êtes le grain de sénevé qui croîtra et multipliera et se répandra dans tout le pays« . Ainsi en fut-il jusqu’à nos jours.

En effet, il sied très bien que la commémoration de la fondation d’une ville soit aussi le temps de célébrer les fruits du grain de sénevé mis en terre en cette après-midi du samedi 17 mai 1642. Il faut se rappeler, que tout au long des XVIIIè et XIXè siècles, et même avant, au gré des besoins sociaux et sanitaires qui se manifestaient sur le territoire de la Nouvelle-France, avant comme après la Conquête, des communautés de religieux et religieuses sont fondées afin de faire face aux défis du temps et de tenter d’offrir des solutions. Particulièrement, entre 1840 et 1870 alors que le diocèse de Montréal était sous la gouverne de Mgr Ignace Bourget.

L’évêque de Montréal de l’époque allait régulièrement en France pour solliciter des communautés religieuses afin qu’elles viennent s’établir à Montréal. Quand il essuyait un refus ou qu’il constatait une non possibilité, il en fondait une ici même avec les moyen du bord. Faut-il rappeler qu’il fut un temps où le diocèse de Montréal et, par conséquent la ville, comptait l’équivalent de quelques 165 congrégations religieuses actives.

Pour revenir à nos trois communautés jubilaires du 377è de Montréal, commençons par degré d’ancienneté. Quand on pense aux Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, on pense instinctivement à l’Hôtel-Dieu de Montréal et à Jeanne Mance qui doit-on le rappeler n’était pas religieuse mais une laïque dévouée. Afin de soutenir le travail de celle-ci, Jérôme le Royer de la Dauversière qui avait mis sur pied à La Flèche (France) une communauté de religieuses hospitalières qui était déjà à pied d’oeuvre dans différentes régions du royaume de France avait prévu en délester quelques-unes pour l’Hôtel-Dieu de Mlle Mance.

C’est donc une bouture de cette communauté fléchoise qui est venue s’installer à Montréal. C’est justement Judith de Brésoles qui prendra la relève de Mance. Soit dit en passant, par respect pour l’histoire, si l’on associe la fondation des religieuses hospitalières à Jérôme Le Royer, il importe de souligner que celui-ci avait fait de Marie de La Ferre, co-fondatrice de cette communautés, « sa pierre angulaire » pour l’établissement de cette communauté dans plusieurs régions de la France. Et, en toute honnêteté, on ne peut dissocier le nom de Marie de La Ferre à celui de Le Royer en ce qui a trait à cette communauté de religieuses hospitalières. Comme on ne peut dissocier le nom de Pierre Chevrier, baron de Fancamp du financement des projets de Monsieur Le Royer de La Dauversaire.

Avec Rosalie Cadron-Jetté (1794-1864) et Émilie Tavernier-Gamelin (1800-1851), il nous faut enjamber deux siècles de notre histoire et par conséquent se retrouver dans un tout autre contexte de vie matérielle. En effet, nous sommes au début de l’industrialisation et surtout de l’urbanisation de Montréal avec le type de problèmes qu’amène ce nouveau mode de vie: prolétariat urbain, chômage, esseulement des démunies de tous âges. Or, deux femmes pieuses et bien assumées qui auront connu en l’espace de peu de temps vie conjugale, vie familiale et veuvage prématurée, retrousseront leurs manches et se consacreront à leurs oeuvres respectives.

Rosalie Cadron-Jetté (1794-1864) s’est mariée à l’âge de 17 ans en 1811 à Jean-Marie Jetté. Ils seront respectivement mère et père de onze enfants. Mais en 1832, Rosalie devient veuve. Elle prend le temps d’élever sa marmaille puis en 1845 se sentant dégagée de toute responsabilité familiale, elle réoriente sa vie.

On sait que dès 1840, elle avait commencé à s’entourer de filles-mères dans son propre foyer afin de les soutenir et de leur apporter du réconfort. Rosalie passe outre aux préjugés sociaux de son époque ainsi que de son entourage immédiat voire même de ses enfants et le 1er mai 1845 avec l’aide d’une fille-mère pénitente, comme on le disait à l’époque, elle aménage dans une nouvelle maison donnée pour l’occasion par un riche financier montréalais du nom d’Antoine-Olivier Berthelet. Ce Berthelet possède plusieurs propriétés. Il est un proche soutien des oeuvres de Mgr Bourget et se fera généreux aussi pour celles de Rosalie et d’Émilie.

Puis, le 16 janvier 1848, c’est l’officialisation des débuts d’une communauté de vie religieuse avec les premières prises d’habits. Mère Rosalie, de par tempérament, déclinera toute offre de fonction d’autorité pour, essentiellement, se consacrer à l’accueil des « filles tombées » , le soin des nourrissons, les visites à domicile ainsi que les visites aux prisonnières.

Une dimension du travail qu’ont effectué les soeurs de Miséricorde et qui passe souvent sous le radar, concerne leur travail de sages-femmes. En effet, plusieurs d’entr’elles ont fait oeuvre de sages-femmes. D’ailleurs, les huit soeurs fondatrices possèdent leur certificat de sages-femmes. Ainsi, les soeurs de Miséricorde apportent des soins avant pendant et après l’accouchement. Malheureusement, en 1862, les médecins de l’époque, de leur haute autorité, leur interdisent désormais de s’occuper des accouchements.

Venons-en maintenant à mère Gamelin. Comme on le disait plus haut, Émilie Gamelin (1800-1851) à l’instar de Rosalie Jetté connut la vie conjugale et familial mais en plus tragique si l’on peut dire. En effet, Rosalie épousa Jean-Baptiste Gamelin en 1823. Elle devint veuve quatre ans plus tard. Deux des trois garçons moururent dès après leur naissance tandis que le troisième mourut quelques mois après le décès du père. Il n’y a pas lieu de se surprendre qu’elle pria intensément Notre-Dame-des-Sept-Douleurs.

Puis surmontant ces afflictions, assez à l’aise financièrement suite à l’héritage de son mari, et en pleine possession d’elle-même, elle prend goût pour les oeuvres de charité. Elle participe à la mise sur pied de l’Association des Dames de la charité afin de venir en aide aux victimes de la pauvreté, particulièrement les personnes âgées. Les Dames feront, entre autres choses, des visites à domicile apportant réconfort, aumônes, vêtements s’Il y a lieu.

De plus, parmi les différents legs figurant dans l’héritage laissé par son Jean-Baptiste, il y est mentionné les soins à apporter à un « idiot » connu sous le nom de Dodais. Émilie s’en occupe jusqu’à la mort de celui-ci. Dans la petite histoire des soeurs de la Providence, il semble que ce Dodais soit vu comme étant à l’origine de l’oeuvre de l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu et du Mont-Providence.

Un premier bâtiment à l’angle des rues Sainte-Catherine et Saint-Laurent au niveau du rez-de chaussée servit de premier refuge pour un petit groupe de vieilles dames esseulées. Mais très vite le lieu devient trop exigu.C’est encore Monsieur Berthelet qui offrit l’une de ses nombreuses propriétés afin d’accommoder, cette fois-ci, Émilie. Le 13 mai 1836, la quelque vingtaine de vieilles dames sont transférées dans ce qu’on appela la maison jaune qui devint par la suite le lieu du berceau de la communauté des soeurs de la Providence.

On ne peut passer sous silence la présence active d’Émilie Gamelin auprès des prisonniers politiques issus des Troubles de 1837-1838. Non seulement, elle était parente de quelques-uns mais son dévouement auprès d’eux ainsi qu’à leur famille respective l’a mise au coeur de déchirements dramatiques. Elle assurait, entre autres choses, l’échange de correspondance épistolaire entre les prisonniers et leur famille.

La veille des exécutions par pendaison du notaire Cardinal, père de six enfants ainsi que du jeune Duquette, le seul soutien de famille de sa mère et de ses trois jeunes soeurs, elle put se faire accompagner par des proches des deux prisonniers pour les adieux d’usage. Signalons en plus, qu’Émilie Gamelin était une intime de la famille de Chevalier de Lorimier qui fut pendu, quant à lui, en février 1838.

Émilie Gamelin fut une fidèle collaboratrice de l’évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget mais il n’est pas sûr que le fait que celui-ci voulut transformer la structure civile du groupe des Dames autour d’Émilie Gamelin en structure religieuse canonique ait été le premier choix de la future Mère Gamelin. M’enfin, elle semble malgré tout s’y être pliée de bon coeur.

Nous avons par quelques touches assez épars tenté de vous faire découvrir sommairement cinq femmes dont le dévouement à donner corps au grain de sénevé mis en terre le 17 mai 1642 sur cette pointe du territoire de Montréal et qui ont été mises à l’honneur le dimanche 19 mai 2019 lors de la messe annuelle commémorant la fondation de Montréal.

Comme à l’habituel, la messe a été célébrée à la basilique Notre-Dame à 11h00 par l’archevêque de Montréal, Christian Lépine dont l’homélie est demeurée en périphérie des oeuvres concrètes de ces pieuses femmes engagées à soulager des personnes démunies que l’on dédaignait (filles-mères, malades mentaux, prisonniers politiques, prisonnières de droit commun). De cela, on a rien entendu dans les mots de l’orateur! Cette messe a été précédée à 10h30 par la cérémonie civique et militaire du régiment Maisonneuve avec tribut floraux et salve de tirs. Quant à la Société historique de Montréal, son président, Robert Comeau nous a dans un premier temps conviés pour l’après-messe, à l’obélisque de la place d’Youville à un jet de pierre du Musée de Pointe-à-Callière afin de renouer avec une petite tradition commencée en 1893 alors que la Société historique de Montréal inaugura le monument de la fondation de Ville-Marie. Puis, par la suite les membres de la SHM et quelques invités ont fait bombance avec la tenue du traditionnel banquet de celle-ci.

Pour la petite histoire, disons que l’édition 2019 des commémorations de la fondation de Montréal a brisé une tradition un peu plus que centenaire. On sait que c’est en 1917 qu’eut lieu la première grande commémoration sous l’égide de Victor Morin alors président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (1915-1924) et simultanément de la Société historique de Montréal (1916-1928). Or cette année, la Société historique de Montréal, par la voix de son président Robert Comeau, a voulu prendre ses distances d’avec le diocèse de Montréal et de la messe de commémoration de la fondation de Montréal. Ce qui, bien sûr, n’a pas empêchée la messe d’être dite. Loin de là!

Quant à la Ville de Montréal, sur son site l’on retrouva l’information qui nous conviait le vendredi 17 mai à 18h00, Place de La Dauversière, à un événement festif et inclusif, le mot à la mode ces temps-ci, avec animation et maquillage pour les enfants, une seconde animation par la Compagnie de la Franche Marine et finalement une autre animation-prestation par un groupe de chanteurs de PowWoW contemporain. Grand bien lui fasse!

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LES FRANCO-ONTARIENS: DU RÈGLEMENT XVII À DOUG FORD EN PASSANT PAR MONTFORT

(Le drapeau franco-ontarien. Journal Le Reflet Témiscamien.)

(Une affiche de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario)

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 » Mais je dois informer les honorables membres que quand même la connaissance de la langue anglaise me serait aussi familière que celle de la langue française, je n’en ferais pas moins mon premier discours dans la langue de mes compatriotes canadiens-français, ne fut-ce que pour protester solennellement contre cette cruelle injustice de l’Acte d’Union qui proscrit la langue maternelle d’une moitié de la population du Canada. Je le dois à mes compatriotes, je le dois à moi-même ».

                                                                       –  Louis-Hippolyte La Fontaine

Il en fut ainsi au Parlement de l’Union en ce 13 septembre 1842, où Louis-Hippolyte La Fontaine, premier ministre du Canada-Est, faisant fi de l’interdiction de l’usage du français répondit promptement au député de Toronto (Ontario) qui lui intimait de parler en anglais. C’est par un acte de désobéissance civile, qu’il entama son mandat de premier ministre. Peu importe, le jugement que l’on peut porter sur l’ensemble de l’oeuvre de l’homme, il n’en demeure pas moins que ce discours en français s’apparentant à un crime de lèse-majesté peut continuer à nous inspirer à promouvoir et défendre la langue de nos aïeux comme disait l’autre.

Ce petit détour par l’histoire ouvre la porte à notre sujet d’article. C’est inimaginable comment parfois l’actualité politique peut nous rattraper par la porte d’en arrière alors que l’on surveillait la porte d’en avant. En effet, il y a quelques semaines, la journaliste Denise Bombardier, dans le cadre d’une émission télé (TLMP), eut la maladresse de parler des communautés francophones du Canada comme étant presque disparues et soutenant avec raison que les Métis du Manitoba ne parlaient plus le français.

Il n’en fallait pas plus, pour faire réagir les porte-parole autorisés de ces communautés. Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, Jean Johnson s’est dit étonné de ce genre de propos. tandis que le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick a poliment invité Madame Bombardier à venir participer au prochain tintamarre le 15 août prochain à Caraquet afin de constater de la vitalité des communautés francophones et particulièrement du peuple acadien.

Comme les Québécois devrait le savoir, les communautés francophones sont très chatouilleuses voire même susceptibles lorsque les Québécois portent un jugement sur leur situation numérique et linguistique. C’est qu’au fait, il nous faut savoir distinguer les malheurs subis par ces communautés par des lois restrictives au plan linguistique et la relative vitalité qui ne se dément pas depuis au moins une trentaines d’années.

On le sait un grand malentendu s’est installé entre le Québec et nos compatriotes francophones du Canada surtout depuis la fin des États généraux du Canada français tenus entre 1966 et 1969. Pour résumer sommairement ces États généraux, disons simplement, qu’au terme des grands palabres qu’offrent toujours ce genre de grande assemblée, il y fut tenu un vote sur une résolution à trois volets qui stipulait premièrement que les Canadiens français formaient une nation; deuxièmement que le Québec était en quelque sorte le foyer national de cette nation et que finalement la nation canadienne française avait le droit de disposer d’elle-même et par conséquent de choisir son régime politique.

Cette résolution en trois volet fut très clivante. Si les délégués du Québec (98%), de l’Acadie (52%) et de la Colombie-britannique (59%) ont voté en faveur selon des proportion différentes, l’Ontario (55%), la Saskatchewan (63%), l’Alberta (68%) et le Manitoba (74%) furent nettement en défaveur.

C’est ainsi que mourut le projet et le rêve d’une grande nation canadienne française en Amérique tel qu’entretenu par des hommes comme Henri Bourassa et Lionel Groulx. C’est ainsi que le Canada français s’est fractionné. Le Québec donna naissance officiellement aux Québécois, et les minorités francophones des autres province de la Confédération sont devenues franco-albertaines, franco-manitobaines, franco-ontariennes. Et, les Acadiens sont demeurés Acadiens.

Cette semaine le gouvernement conservateur orangiste de l’Ontario de Doug Ford a annoncé, sans crier gare, l’abandon définitif du projet d’une Université francophone mettant fin aux subventions envisagées ainsi qu’à l’abolition du Commissariat aux services en français pour transférer une partie de son travail au bureau de l’ombudsman de l’Ontario. Tout cela afin de réduire le déficit abyssal de 15 milliards de dollars du gouvernement.

Les franco-ontariens ont déjà joué dans ce genre de film d’économie de budget. En effet, il y a une vingtaine d’années lorsqu’un autre gouvernement conservateur de tendance orangiste décida, sous couvert de faire des économies, de fermer le seul nous répétons une deuxième fois, le « seul » hôpital universitaire francophone en Ontario de l’époque à savoir l’hôpital Montfort. Heureusement, il y eut une levée de boucliers suivi d’un long combat médiatique et surtout judiciaire. En 2001, Montfort obtenait gain de cause en Cour d’appel de l’Ontario. Et, en 2005, un nouveau gouvernement, issu du parti libéral de Dalton McGuintey revint au statu quo.

Nous vous parlions en tout début d’article de l’actualité qui s’inscrivait dans le temps long de l’histoire. Il en est ainsi du sort des minorité francophones du Canada. En effet, pour bien prendre la mesure de ce qui se passe en Ontario gouvernée par des oranges bleus, il faut remonter ou si vous préférez il faut reculer au fameux Règlement XVII  édicté par le gouvernement orange bleu de l’époque.

Le Règlement XVII qu’on peut situer dans la foulée des lois linguistiques restrictives qu’avait connues les provinces de l’ouest du Canada en 1896 et 1905 peut se résumer ainsi: lors de l’entrée scolaire les gamins de six à sept ans pouvaient bénéficier d’un enseignement en langue maternelle française avec apprivoisement des premiers rudiments de l’anglais. Et, dès la 2è/3è années de classe tout devait se dérouler en anglais. Une manière plus ou moins subtile de procéder à l’extinction culturelle du fait français en Amérique britannique.

La crise du Règlement XVII qui perdura de 1912 à 1927 fut, en quelque sorte, l’événement fondateur de l’identité des franco-ontariens. C’est dans la foulée de ce conflit que naissent les différentes institutions franco-ontariennes les plus représentatives des francophones de l’Ontario. On n’a qu’à penser au journal Le Droit des Oblats du père Charlebois. De l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario (ACFEO) dont l’idée remonterait à un projet qu’avait en tête le père Émile David, o.m.i., de l’Université d’Ottawa qui dès 1908 rêvait d’une assemblée de tous les canadiens-français de l’Ontario.

Par ce type de lois restrictives en matière scolaire, le gouvernement conservateur orange bleu pouvait ainsi se préserver l’appui des extrémiste anglo-protestants que l’on retrouve aisément au sein des loges orangistes ontariennes mais aussi des anglo-catholiques, oui, oui, vous avez bien lu des anglo-catholiques et particulièrement, de l’épiscopat irlandais avec à sa tête, l’évêque de London en la personne de Mgr Michael Francis Fallon.

Le reproche fondamental fait à la clique épiscopale irlandaise ontarienne menée par Mgr Fallon et par une bonne partie du clergé irlando-catholique est à l’effet que ceux-ci menaient une guerre sourdre aux franco-ontariens en cherchant à établir la suprématie de la langue anglaise à l’intérieur de l’Église catholique de l’Ontario.

Mais ce conflit scolaire quoique local ne put s’empêcher de déborder les frontières de l’Ontario puisqu’une attaque contre une partie des Français d’Amérique devait ameuter tout le Canada français de l’époque. Il ne faut pas oublier mais plutôt se rappeler que le Québec du premier tiers du XXè siècle était en pleine effervescence nationaliste et patriotique consécutive à notre opposition à la guerre des Boers et au premier conflit mondial et la crise de la conscription qui s’en est suivi.

C’est l’époque de Henri Bourassa, grand orateur, homme politique et fondateur du journal Le Devoir (1910) et du chanoine Lionel Groulx qui dès 1915 tiendra la première chaire d’histoire du Canada à la Faculté des Arts de l’université de Montréal alors une succursale de l’Université Laval. S’ajoute à ces deux illustres personnages, Olivar Asselin, journaliste et président de la Société Saint-Jean-Baptiste-de- Montréal ). Sans oublier que ce conflit ne laisse pas indifférent le cardinal Bégin (archevêque de Québec) ainsi que Mgr Bruchési (archevêque de Montréal).

Pour Lionel Groulx qui se veut le chantre du Canada français partout où il se trouve en Amérique du nord, le conflit linguistique ontarien sonne le réveil de la nation canadienne-française. En ajoutant à cela la crise de la conscription de 1917, on se retrouve avec un cocktail explosif permettant une prise de conscience de l’identité nationale canadienne-française.

En effet, pour Groulx, chaque combat nationaliste et patriotique sont une manière de refuser les affres de la Conquête de 1760 et de la Cession (Traité de Paris) d’un territoire et d’un peuple à un empire britannique. Groulx entretenait de nombreux contacts avec les chefs de la résistances franco-ontarienne et il était souvent sollicité pour ses judicieux conseils. Mais il avait, tout de même, pour prémisse une maxime qui pouvait se résumer ainsi en non ingérence mais non indifférence. Tien, tiens.

De ces chefs de file locaux du combat ontarien, il y eut deux illustres sénateurs, l’un venant des rangs conservateurs et l’autre du parti libéral. D’abord le sénateur Philippe Landry suivi du sénateur Napoléon Belcourt qui furent successivement président de l’ACFEO.

Au moment où éclate la crise causée par le Règlement XVII, le sénateur Philippe Landry était alors président du Sénat canadien. À l’âge vénérable de soixante-dix ans, Landry décide de quitter le confort de la présidence du Sénat afin d’avoir les coudées franches et libres de toutes attaches, il accepte la présidence de l’ACFEO afin de mener le combat.

Lorsque celui-ci mourut à l’âge de 74 ans, les funérailles furent présidées par le cardinal Bégin et l’éloge funèbre lu par Mgr Latulipe lequel pour valoriser l’action du défunt eut des mots dures pour le gouvernement ontarien de l’époque. « On édicta contre nos écoles un règlement attentatoire aux droits des pères de famille,attentatoire à la vie de notre race, et quoique d’une manière indirecte, pareillement attentatoire aux droits de notre sainte religion» (Mgr Latulipe, Oraison funèbre).

Qu’en est-il maintenant? Que nous faut-il faire? Doit-on réagir comme Québécois ou comme Canadien-français. Peut-on additionner les deux statuts et réagir comme Québécois et comme Canadien-français sans démériter? Peux-ton revêtir les oripeaux de notre origine canadienne-française pour se faire solidaire de nos frères et soeurs de « race » comme on disait à une certaine époque?

Sans ingérence indue mais surtout sans indifférence, nous considérons que le gouvernement de l’État québécois, foyer principal et indiscutable du groupe ethno-culturel canadien-français en terre d’Amérique du nord depuis le XVIIè siècle et membre à part entière de l’Organisation internationale de la francophonie ne peut se défiler.

L’État du Québec doit fournir son support financier et organisationnel à l’Assemblée des francophones de l’Ontario (AFO) selon les paramètres que celles-ci demande dans une optique de non ingérence non indifférence. Il faut profiter de cette occasion pour rebâtir les ponts entre toutes les francophonies d’Amérique. Il est vain et inutile de faire partie de l’Organisation internationale de la francophonie même sans Madame Jean si nous sommes eunuques quand un morceau important de la francophonie de l’Amérique française nous interpelle. La francophonie internationale ce n’est pas juste l’Afrique de la Françafrique mais c’est aussi la francophonie d’Amérique.

« Le Québec a charge d’âmes » disait à propos le chanoine Groulx, en février 1921 dans l’Action française. Alors qu’est-ce qu’on attend pour prendre charge d’âmes?

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MADAME DE LA PELTRIE (1603-1671) PREMIÈRE FUGUEUSE EN NOUVELLE-FRANCE

 

(Marie-Madeleine de Chauvigny/Madame de La Peltrie. Huile sur toile. Anonyme.17è siècle)

(Plaque en l’honneur de Madeleine de La Peltrie à l’intérieur de l’église Saint-Pierre-de-Bivilliers (Orne). 2016 Association Perche-Canada)

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Les débuts d’une colonie française en terre nord-américaine ne furent pas de tout repos et ont donné lieu à toute sorte de mésaventures que l’on croit réservées que pour nos téléséries actuelles. Mais prenez garde lecteur/lectrice car en ce 18 novembre 2018 soit à quelques trois cent quarante-sept ans de distance de sa mort, je vous présente sommairement Mlle Marie-Madeleine de Chauvigny mieux connue sous le nom de Madame de La Peltrie fondatrice, à sa manière, et à l’instar de Marie de l’Incarnation, du couvent des Ursulines de Québec.

Ce « de La Peltrie » vient d’un mariage sous la contrainte paternel avec un nommé Charles de Gruel, seigneur de La Peltrie. En effet, la jeune fille se vit obligée de prendre époux car Monsieur son père désirait, pour elle, le genre de bon mariage surtout pour sa fille cadette. Elle donna naissance à une enfant morte au berceau et ce triste événement, coutumier à l’époque, fut suivi de la mort de son mari en 1625.

Marie-Madeleine de Chauvigny qui vit le jour à Alençon en 1603 devint ainsi veuve à l’âge de 22 ans. Elle pensait pouvoir reprendre sa liberté afin de combler son désir d’une vie cloîtrée ou qui s’y apparente. Or, c’est par la lecture de la Relation des Jésuites de 1635 doublé de l’appel du père Le Jeune qu’elle commence à ressentir un certain attrait pour une vie de missionnaire laïque en Nouvelle-France. Mais deux obstacles se dressa devant elle.

D’abord son père tenait toujours à bien la marier et cherchait un successeur au seigneur de La Peltrie. Marie-Madeleine qui, soit dit en passant, avait hérité d’une grande fortune et d’un bon patrimoine du premier mariage voulait encore moins d’un second. C’est ainsi qu’elle imagina un stratagème par lequel elle feindrait le projet d’un mariage blanc afin de calmer les ardeurs de Monsieur son père.

Elle alla rencontrer une connaissance du nom de Jean de Bernières, qui faisait office de trésorier de France dans la ville de Caen. Ce Jean de Bernières était un homme de grande réputation morale et spirituelle. Il fut fondateur de l’Ermitage de Caen d’où il dirigea des session de vie spirituelle. Monsieur de Bernières comprenant la situation de notre jeune veuve accepta de jouer le jeu.

Heureusement, doit-on dire malgré tout, Monsieur le père mourut et le stratagème aussi. Puis un problème de santé vint compliquer les choses. En effet, elle fut terrassée par la maladie. Les médecins la donna pour presque morte et se contentaient de visites de politesse auprès de la malade. Cette fois-ci, loin d’elle l’idée d’un stratagème pour se sortir de là. Elle passa plutôt par saint Joseph lui promettant suivant une sainte guérison d’aller en Canada.

Aussitôt la guérison obtenue, elle passe par Paris. Elle y rencontre Vincent de Paul et le père Condren. Puis, un père jésuite prend le relais, il s’agit du père Poncet. De ceci en cela, elle se rend dans la ville de Tours (France) rencontrer l’évêque du lieu ainsi que Marie Guyart , mieux connue sous le nom de Marie de l’Incarnation. Les deux femmes sont sur la même page géographique et missionnaire: le Canada et un couvent. Rien d’autre.

Puis on prépare les navires. Mme de la Peltrie y amène sa jeune servante de 19 ans Charlotte Barré qui incessamment deviendra la première professe du monastère des Ursuline de Québec et qui sera connue sous le nom soeur saint Ignace. Tout ce beau monde arrive et débarque à Québec le 1er août 1639 pour entre autre fonder le couvent des soeurs de Sainte Ursule de Québec en terre d’Amérique française.

Puis les années passant, nous nous retrouvons en 1641-1642 alors qu’arrive à Québec Maisonneuve, Jeanne Mance et la première recrue pour procéder à la fondation de la colonie de Ville-Marie sur l’Île de Montréal. On sait que l’équipage fut retenu quelques mois à Québec, le temps de pouvoir reprendre la navigation vers Montréal.

Et vlan, coup de théâtre. Madame de La Peltrie décide de faire faux bond à Marie de l’Incarnation et aux Ursulines. Au dire même du Dictionnaire biographique du Canada, Madame de La Peltrie fugue à Ville-Marie, au printemps de 1642, pour être auprès de Maisonneuve et de Jeanne Mance dont elle apprécie la compagnie.

Elle revient dix-huit mois plus tard auprès des Ursulines alors au bord de la catastrophe financière. En 1646, elle demande d’être novice dans la compagnie des soeurs de Sainte Ursule. Mais la vie du cloître total ne lui convenait pas. Elle repris donc sa liberté d’aller et venir à sa guise tout en vivant au cloître et en respectant l’ensemble des règles monastiques.

Au fond, Marie-Madeleine semble avoir été beaucoup plus proche d’une Jeanne Mance que d’une Marie de l’Incarnation. En ce sens qu’elle se considérait comme une laïque engagée et libre de ses mouvements. Au couvent de Québec, elle fut pendant dix-huit ans lingère. Elle s’occupait de la vaisselle, du ménage, du balayage et jouait aussi à l’infirmière en pansant les plaies des différents blessés. Sans oublier la catéchisation des jeunes amérindiennes et la visite de réconfort auprès des malades.

Le 12 novembre 1671, Madame de La Peltrie est frappée d’une pleurésie qui lui sera fatale. Elle mourut le 18 novembre après trente deux ans de vie de missionnaire laïc au service de la Nouvelle-France et de l’Église. Elle fut inhumée le lendemain dans la chapelle des Ursulines. On remit son coeur comme relique aux Jésuites.

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UN QUÉBEC CAQUISTE POUR QUATRE ANS

(La cuvée 2018 de la CAQ. 74 députés. Photo: La Presse canadienne)

(Le premier gouvernement de François Legault. Photo: Tolérance.ca)

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En mars 2014, la Coalition Avenir Québec y allait de son slogan de campagne électorale avec « On se donne Legault ». Cette campagne était, en quelque sorte, au dire même de François Legault  « la bataille de sa vie ». Hélas! Il lui a fallu attendre quatre autres années avant que le Québec « se donne Legault  » et que la bataille de sa vie devienne la victoire de sa vie.

Ainsi, au matin du 2 octobre 2018, jour des Saints Anges gardiens et une énième année après la mort le même jour de Robert Bourassa (1996), premier ministre du Québec de 1970-1976 et de 1985-1994, François Legault s’est réveillé premier ministre du Québec.

Nul besoin de dire que le Parti Libéral du Québec s’est fait congédier sans appel et que les Québécois en ont profité aussi pour vider complètement le vestiaire de l’Assemblée nationale en virant le Parti Québécois comme Opposition officielle. Faut-il donc concéder que l’un et l’autre sont appelés à non seulement se refaire une beauté mais surtout une crédibilité.

Il faut admettre que cette fois-ci le PQ a facilité la tâche des électeurs québécois. En effet, ayant décidé de cacher le gros éléphant politique qu’est la question nationale dans le garde-robe des vieux chiffons, cela a permis de libérer le vote dit national. Mais ce vote est devenu tellement libre et volatil qu’il y avait même un certain pourcentage d’électeurs et d’électrices qui hésitait entre la CAQ et QS. Comme si les deux formations avaient le même programme économique. Alors que la première est de tendance capitaliste néo-libéral, et, interventionniste si nécessaire, l’autre, QS, est plutôt social-altermondialiste, prêt même à nationaliser les comptes CELI!

Au final, comme on le sait les deux grands gagnants de l’élection de 2018 sont la CAQ et Québec Solidaire qui, quant à lui, a presque fait la barbe au PQ. Il faut reconnaître que la stratégie de campagne de QS a porté fruit. D’abord, il y a deux ans avec le refus de l’état-major de QS de faire alliance avec le PQ.  Ce refus reposait sur le fait que la formation de QS pressentait la possibilité d’aller chercher les comtés de Hochelaga-Maisonneuve et de Laurier-Dorion. Ajoutant à cela plus récemment celui de Rosemont en y présentant un candidat connu en la personne de l’ex-journaliste de La Presse, Vincent Marissal. En tous les cas, s’il n’était pas clair au yeux du PQ que QS voulait d’abord sa peau sur l’échiquier bien avant de former un gouvernement crédible, on ne sait pas ce qui lui faut de plus pour le comprendre!

Mais revenons aux vrais vainqueurs de cette élection à savoir les 74 élus et élues de la CAQ. Il faut aussi rendre hommage au chef de la CAQ et  reconnaître la ténacité et l’opiniâtreté de François Legault. L’homme d’affaire (Air Transat) débauché par Bernard Landry vers les années 1997-1998 et présenté au PM du Québec de l’époque Lucien Bouchard est devenu un ministre-vedette des gouvernements Bouchard (1996-2001) et Landry (2001-2003).

Mais las de courir après une indépendance qui tardait à venir, F. Legault quitte la politique en 2009 pour mieux y revenir en fondant d’abord un mouvement puis finalement un parti politique en bonne et due forme nommé Coalition Avenir Québec sur et avec les restes de l’ADQ de Mario Dumont. Ayant comme devise politique constitutionnelle le ni-ni, ni fédéraliste à outrance ni souverainiste pointilleux mais nationaliste à l’intérieur du Canada selon la célèbre maxime d’Yvon Deschamps, Un Québec fort dans un Canada uni.

C’est ainsi qu’en octobre 2018, après trois campagnes électorales éreintantes, celui qui tout au long des dernières années est allé chercher presque un à un les candidats de son camp et surtout ceux et celles qui pourraient être aptes à faire parti d’un premier gouvernement caquiste, est enfin récompensé. Parlant de gouvernement, si l’on se fie au cv ainsi qu’au parcours professionnel des 13 hommes et 13 femmes appelés à former le premier gouvernement Legault, il est en terme de compétence, en puissance cela va sans dire, celui qui se rapproche le plus du premier gouvernement Lévesque (1976-1981) avec une pointe plus forte en matière économique. Ce n’est pas peu dire. Bien qu’en contre-partie, l’on puisse concéder que le nouveau gouvernement soit plus faible intellectuellement. Celui du PQ de 1976 comportait plus de gens du monde universitaire et issu du monde syndical et fut nettement non préoccupé par le phénomène de parité homme-femme au sein du gouvernement. Parlez-en à Lise Payette. Autre temps, autres moeurs!

Nous terminons en déplorant ce faux amalgame où l’on a tenté un rapprochement entre la CAQ et les divers partis populistes européens voire même avec le nouveau parti de Madame Le Pen. Il faut être malhonnête intellectuellement ou faire preuve d’ignorance crasse ou même les deux pour véhiculer une telle énormité. Le parti de François Legault a beau vouloir se positionner à droite de l’échiquier politique, il est loin de se mouvoir à la droite de la droite.

En somme, le résultat de l’élection québécoise de 2018 s’avère le reflet des différentes tendances qui se font jour sur le terrain de l’opinion publique québécoise des derniers temps. Le gouvernement Couillard-Barrette semblait avoir du plomb dans l’aile, l’Opposition péquiste continuait d’être sur la pente descendante depuis le temps d’André Boisclair (2005) malgré l’accident de parcours que fut le gouvernement Marois (2012-2014). Pendant ce temps-là, QS continuait à grapiller les votes des indépendantistes déçus ou des révolutionnaires en herbe.

Quant à savoir si le premier gouvernement caquiste de François Legault sera à la hauteur des espérances qu’il a pu soulever, quoi de plus facile que de reprendre une marotte familière à Monsieur Legault,  » On verra… »

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MONTRÉAL (1642-2018) ET MAINTENANT LE 376è

(La fondation de Montréal. William Hugues Taylor, peintre. L’une des peintures du chalet du Mont-Royal. Photo: Guérin F. 2014)

(9è vitrail en l’église Saint-Pierre et Saint-Paul à Hiers-Brouage,Charente-Maritime/France. Inauguré le 28 octobre 2017 en l’honneur de Marguerite Bourgeoys. Jean-François Bordenave, maître verrier. Don du Comité du Mémorial de la Nouvelle-France)

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Les grandes festivités du 375è sont déjà choses du passé. Nous en sommes déjà au dimanche commémorant le 376è anniversaire de la fondation de Montréal.

En effet, comme elle le souligne depuis 1917, la Société historique de Montréal profite du dimanche le plus près du 17 mai de chaque année afin de célébrer et commémorer l’oeuvre et le travail de Maisonneuve et de Jeanne Mance sans oublier tous ceux et celles qui ont gravité autour du fort sis sur la petite pointe de terre où se rencontrait le fleuve Saint-Laurent et la rivière Saint-Pierre, connue plus tard sous le nom de la Pointe-à-Callière.

Ce dimanche 20 mai 2018 la journée de commémoration commence par sa traditionnelle messe présidée par l’archevêque de Montréal en la basilique Notre-Dame à 11h00. En cette année 2018, la célébration liturgique soulignera trois anniversaires.

En premier lieu, à toute sainte tout honneur, nous soulignerons le 360è anniversaire de la première école du bourg de Ville-Marie sous l’égide de Marguerite Bourgeoys. Puis, le 150è anniversaire du départ pour Rome de cent cinquante volontaires connus sous le nom de zouaves pontificaux et finalement le 160è anniversaire de la Société historique de Montréal.

Suivra comme à l’accoutumée, une petite cérémonie civique où quelques personnalités publiques salueront d’un mot de circonstance la foule rassemblée. Puis, le régiment Maisonneuve s’exécutera avec sa parade et ses tirs de fusils avec détonation à vous faire ciller les tympans.

Il ne faut pas perdre de vue que la fondation de Montréal, repose sur un projet d’implantation d’une colonie missionnaire catholique afin d’établir une société où pourrait vivre en harmonie les colons français et les peuples amérindiens de la vallée du Saint-Laurent.

Outre les incontournables, Pierre Chomedey, sieur de Maisonneuve et Jeanne Mance, il nous faut garder aussi en mémoire nombre de personnes importantes que l’on retrouvera dans la colonie au fil des décennies. Nous pensons au major Lambert Closse, à Marguerite Bourgeoys, aux explorateurs et commerçants Jacques Le Ber et son beau-frère Charles Lemoyne celui dont l’un des nombreux fils ira fonder la Louisiane et un autre qui sera connu sous le célèbre nom d’Iberville (Pierre Lemoyne), au valeureux Adam Dollard Des Ormeaux et sa troupe, à la recluse de Ville-Marie, Jeanne Le Ber.

Sans oublier l’inspirateur et soutien financier du projet de colonie que fut Jérôme Le Royer et l’autre important soutien moral et financier que fut Pierre Chevrier, baron de Fancamp. Et, finalement, Jean-Jacques Olier, fondateur de Saint-Sulpice qui au fil des ans sera au coeur du projet de Ville-Marie au sein de la Société de Notre-Dame-de-Montréal dont la plupart des personnes mentionnées plus haut étaient affiliées.

Puisque nous parlons de la fondation de Montréal, on nous permettra ici, en guise de conclusion, de faire part à notre lectorat d’un certain agacement. En effet, depuis quelques temps les Montréalais entendent souvent des représentants de nations autochtones nous seriner que Montréal est un territoire mohawk non cédé.

On sait que l’ancien maire de Montréal, Denis Coderre, commençait la plupart de ses discours officiels par cette phrase. Or, il appert que la nouvelle administration ouvrira les séances du conseil de ville par une déclamation sensiblement pareille à savoir Montréal ville autochtone non cédé. Hé bien! Plus colonisé que cela, tu meurs!

Non seulement nos représentants politiques se transforment en marionnettes de ventriloque pour autochtones mais en plus par leur inculture, ils marinent dans le révisionnisme historique de mauvais aloi pour ne pas dire qu’ils nous font jouer dans un film de série B.

On nous interprète la symphonie des sanglots de l’homme blanc pour faire bon chic bon genre et nous culpabiliser d’être ici et maintenant dans la ville que nous avons bâti depuis près de quatre siècles et cela peu importe notre lieu de provenance encore moins de notre ancienneté sur ce vaste territoire.

Alors, que la plupart des historiens et chercheurs le moindrement honnêtes et sérieux, nous apprennent qu’en l’état des recherches actuelles, le territoire de l’Île de Montréal aurait été déserté depuis longtemps des groupements iroquoïens. Et, par conséquent, il serait faux voire fallacieux de prétendre que la colonie de Ville-Marie aurait pris la place de quelque groupe que ce soit.

L’histoire universelle nous est témoin de ces régulières périodes de transhumance de l’espèce humaine dont certains groupes migrent d’un territoire à l’autre pour diverse raisons. Il n’y a point de privilège ni de préséance pour l’ordre d’arrivée sur un territoire à moins de documents juridiques en bonne et due forme.

Quant aux bavures de l’histoire, il importe que tout un chacun se regarde dans un miroir. Dans les différents projets de Vérité et Réconciliation l’un des deux termes ne doit pas faire obstacle à l’autre. Autrement dit, il faut éviter les distorsions de vérités historiques sous couvert de se réconcilier dans un bon-ententisme de mauvais aloi.

Nos ancêtres d’origine française ont tenté vaille que vaille de vivre pacifiquement avec les groupes amérindiens arrivés depuis quelques millénaires en zone américaines. Mais comme on le sait les nations iroquoises ont cherché par tous les moyens de décourager la migration française tout au long de XVIIè siècle.

La fondation de Montréal s’est faite dans le feu et le sang. La rage meurtrière des Iroquois les ont conduit au génocide physique de la famille huronne. N’eut été de la levée d’une Seconde Recrue en 1653 suivie par l’arrivée du régiment Carignan-Salières en 1665, le projet d’une colonie missionnaire à Montréal et même la présence française dans le nord de l’Amérique aurait été en péril.

En 1701, sous l’égide des Français, nous sommes parvenus à une sorte de « paix des braves ». La Grande Paix de Montréal signée par les différentes nations amérindiennes de toute l’Amérique du nord et les Français, instaurait non seulement la paix entre les Français et les Amérindiens mais elle mettait fin aussi aux guerres et guéguerres entre les Amérindiens eux-même. C’est peu dire.

Nous sommes en 2018, nous habitons tous le même territoire soit l’état du Québec et plus particulièrement Montréal.Ce territoire appartient à tous ceux qui l’habitent et à tous ceux qui se préparent à l’habiter. Le choc des cultures est surmontable grâce à un dialogue sincère sans échappatoire et à des politiques publiques qui permettent à tous de se sentir partie prenante d’un pays, d’un territoire. C’est à tout un chacun de se « concéder » un espace vital pour s’épanouir et continuer à développer cet immense territoire ainsi que de se donner un avenir commun et diversifié.

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LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE DE MONTRÉAL (1858-2018)

LIMINAIRE

Le 11 avril 1858, un quatuor de personnes impliquées dans la vie de Montréal décida de fonder pour le présent de leur époque et pour la postérité la Société historique de Montréal. Cette société savante célèbre cette année son 160è anniversaire de fondation. Pour le bénéfice de nos lecteurs et lectrices, nous reproduisons l’article inaugural* de VILLE-MARIE EXPRESS de mars 2015 portant à juste titre sur la Société historique de Montréal fondée, entre autre, par le maire de Montréal et inspecteur-surintendant de l’époque, Jacques Viger (1787-1858).

*  Cet article fut revu, corrigé et amélioré le 11 avril 2018 par le rédacteur de VILLE-MARIE EXPRESS.

http://ville-marie-express.quebec/index.php/2015/03/

 

 

 

 

 

LA CROIX DU MONT-ROYAL (1643-2018) 375 ANS APRÈS MAISONNEUVE

(photo: Olivier Jean. Archives La Presse)

(Vue de soir de la croix illuminée. Photo: source inconnue)

(Vitrail représentant le geste de Maisonneuve du 6 janvier 1643. Photo: Basilique de Montréal)

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Quelques deux centaines tout au plus de valeureux et de valeureuses catholiques montréalais et montréalaises ont bravé le froid sibérien de texture québécoise afin de se mettre dans les pas de Paul Chomedey de Maisonneuve, fondateur de Montréal avec sa collègue Jeanne Mance en refaisant un petit parcours sur la montagne montréalaise afin de commémorer l’installation de la première croix (en bois) fait par Maisonneuve.

L’on sait que fin décembre 1642, le fort de la jeune colonie étant installé sur une pointe jouxtant le fleuve, la formation d’une embâcle sur la petite rivière Saint-Pierre menaçait de sortir de son lit et ainsi inonder le fort de la colonie. Priant instamment la Vierge de les préserver d’un tel malheur, Paul Chomedey promit en retour d’aller planter une croix sur la montagne.

C’est ainsi que le 6 janvier 1643, honorant sa promesse, les membres de la jeune colonie, Maisonneuve en tête, escalade la montagne pour y planter une croix. Cette croix de bois nul n’en trouve la trace maintenant et la croix que l’on voit tant le jour que la nuit à l’un des sommets de la montagne, c’est la croix de 1924.

Afin de bien en apprécier les tenants et aboutissants de cette croix du Mont-Royal qui surplombe la ville de Montréal, nous allons comme à notre habitude faire un petit détour par l’histoire. Et nous allons y découvrir beaucoup plus de choses que l’on y aurait pensé auparavant.

En effet, c’est en 1924 à l’initiative de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal qu’un projet d’une croix métallique et illuminée prend forme. La SSJB-M reprend une idée lancée par l’abbé Alexandre-Marie Deschamps, alors curé de Saint-Sulpice, à l’occasion de la fête de la Saint-Jean-Baptiste de 1874 lors d’un sermon dans lequel il exhortait à reprendre le geste du premier gouverneur de Montréal.

Le projet était tombé dans l’oubli jusqu’à ce qu’il soit repris en 1924 par la SSJB-M. Mais, attention, la relance du projet s’inscrit dans un vaste projet d’affirmation patriotique et de résistance nationale. Il faut se remettre en mémoire que dans les années 20, nous sommes au Québec en pleine fièvre nationale pour ne pas dire nationaliste.

C’est la grande époque de Henri Bourassa et son nationalisme canadien, de Lionel Groulx et de son nationalisme typiquement canadien-français. À l’époque les différentes Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Canada français et même des États-Unis en mènent large. Et particulièrement la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal sous la présidence de Victor Morin.

Nous vous avions déjà parlé de ce Victor Morin. C’est lui qui avait organisé la première célébration et première commémoration de la fondation de Montréal en 1917 avec au menu une messe suivie d’activités familiales dans tout le Vieux-Montréal, berceau historique de la fondation de Montréal.

De 1891 à 1930, une frénésie de commémoration pullulent ici et là dans tout l’Occident et particulièrement au Québec et à Montréal. C’est une époque de recherche de marqueurs identitaires. Tiens! Tiens! Comme les temps se ressemblent étrangement. Ici, à Montréal, les nobles élites tant francophones et qu’anglophones se disputent l’espace public. Mais les francophones marquent le coup.

En allant installer une croix métallique et illuminée sur un promontoire du Mont-Royal c’est une manière pour les Canadiens-français de prendre symboliquement possession d’un territoire historiquement associé à l’élite économique anglophone. Un peu à l’instar de Mgr Bourget au XIXè siècle qui suite à l’incendie de la cathédrale sise sur la rue Saint-Denis décide reconstruire la nouvelle cathédrale dans l’ouest de la ville, partie de la ville historiquement associé à l’élite anglophone. Sans oublier que depuis 1904, se trouve sur un autre versant de la montagne un petit oratoire dédié à Saint-Joseph dont une grande basilique émergera dans les décennies à venir. Et que dire de l’éventuelle installation de l’Université de Montréal.

En effet, depuis 1860 la ville de Montréal est redevenue majoritairement francophone et c’est pourquoi dans les premières décennies du XXè siècle des leaders nationalistes tels que Bourassa et le chanoine Groulx s’évertuent à secouer l’apathie atavique des canadiens-français. Nous sommes français et catholiques et cela doit se voir selon les ténors nationalistes.

C’est ainsi que l’installation d’une croix s’inscrira dans un vaste projet d’affirmation nationale dans une ambiance effervescente. D’abord, le tout commence en mai 1924 par la cession officiel par la Ville de Montréal, d’une portion du territoire de la montagne pour l’installation d’une grande croix. En juin, il y aura un grand congrès auquel participera Lionel Grouxl, et le 24 juin, précisément, il y aura une cérémonie de bénédiction de la pierre angulaire par Mgr Emmanuel-Alphonse Deschamps alors vicaire général du diocèse de Montréal le tout suivi d’un énorme défilé de la Saint-Jean à caractère historique et patriotique contenant pas moins de 24 chars allégoriques ayant pour thème « Ce que l’Amérique doit à la race française  » .

Rappelons tout de suite, pour ne pas heurter les frilosités des uns et des autres, qu’à l’époque le vocable race était utilisé en lieu et place des mots peuple ou nation et que l’un et l’autre s’équivalaient.

Il serait bon de spécifier que pour les organisateurs, l’installation de la croix sur la montagne ne se résume pas au geste accomplie par Maisonneuve. La croix de la montagne se veut aussi liée au geste de Jacques Cartier qui arrivant à Gaspé planta une croix au nom du roi de France. La plantation d’une croix est la réalité et la symbolisation d’une prise de possession d’un territoire à l’instar de la plantation d’un drapeau. N’en déplaise à nos amis autochtones. Tels étaient les us et coutumes de l’époque.

Alors, désormais, lorsque nous regarderons la croix du Mont-Royal, il faudra se remémorer tout cela afin de mieux comprendre tout ce qui se cache de sens et de significations dans cette croix métallique et illuminée de 1924. Il n’y a plus de Mgr Bourget, de Bourassa, de Groulx. Le Québec malgré ses grands succès est en panne. On doit se contenter de fonctionnaires et de notables de la chose politique et de la chose religieuse. Notre apathie atavique est à son comble. Ici, le nationalisme et le catholicisme sont des cadavres en sursis. Qui aura l’audace d’y insuffler le souffle de la résurrection? Excusez-m’en le pléonasme.

Malheureusement, pour terminer, je ne peux m’empêcher, et cela bien humblement et en toute fraternité, de réagir à un propos de Mgr Christian Lépine. Bien qu’il est toujours hasardeux de faire un commentaire sur un propos alors que l’on a qu’un extrait et qu’il peut être malhonnête d’en faire le procès. Je me risque quand même. Dans le topo rapporté par Radio-Canada, l’évêque de Montréal affirme péremptoirement que les gens de la colonie de Ville-Marie n’étaient pas venus pour établir une ville française mais plutôt une ville où les Français et les autochtones vivraient ensemble.

Il est vrai que le projet de la colonie de Ville-Marie est un projet privée d’une mission évangélique financée par Jérôme Le Royer de La Dauversière et par Pierre Chevrier, baron de Fancamp. Mais cela s’inscrit tout de même dans le processus de colonisation française du continent nord-américain. Les gens de la colonie de Ville-Marie, ils sont, et Français, et Catholiques. Le problème de la langue ne se pose pas à l’époque. La colonie de Ville-Marie est et sera implicitement française et catholique. Cela tombe sous le sens.

Alors pourquoi l’évêque de Montréal fait-il ce distinguo? Cette petite phrase n’est pas anodine d’autant plus que les caméras de Radio-Canada sont sur les lieux. Et puisqu’elle n’est pas anodine cela veut dire qu’il s’adresse à ses contemporains montréalais. L’évêque de Montréal exprime-t-il son malaise face à la revendication de Montréal ville française? Si oui, il doit s’en expliquer un peu plus. Sinon, pourquoi tenir un tel propos.

Peut-être s’est-il invité sans nécessairement le vouloir dans l’éternel débat linguistique auquel sont confrontés les francophones de Montréal que l’on n’ose plus appeler canadiens-français depuis qu’on est devenu au final Québécois? Qu’a cela ne tienne, qu’on se le cache ou non, la colonie de Ville-Marie et son projet d’évangélisation des Amérindiens était par définition une colonie française en terre d’Amérique et ce projet de nature privée parce que financé par des particuliers ne pouvait se faire que dans le cadre du processus des projets de colonisation des terres du Nouveau Monde par la France monarchique de l’époque.

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http://http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1076601/mont-royal-montreal-croix-375-anniversaire-paul-chomedey-maisonneuve

ÉDITORIAL: VALÉRIE PLANTE, MAIRESSE DE LA BOURGADE DE MONTRÉAL!

(Valérie Plante à l’Hôtel de Ville le lendemain de l’élection. 6 novembre 2017. Photo: Paul Chiasson .Canadian Press.)

(Soir de l’élection. Valérie Plante entourée de son conjoint et de ses deux fils. Photo: Graham Hughes. Canadian Press.)

(Emission de télé «  Tout le monde en parle « . À gauche, le maire Coderre. À droite, Valérie Plante. Photo: Radio-Canada.)

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Par un heureux hasard, les élections municipales à travers le Québec ont coïncidé avec l’année jubilaire du 375è anniversaire de fondation de Montréal. Les Montréalais et Montréalaises en ont profité pour se faire un cadeau. Un leg du 375è en quelque sorte.

Sur les 42% de Montréalais qui se sont déplacés pour déposer leur bulletin de vote dans l’urne, 51,4% ont décidé de faire confiance à l’illustre inconnue qu’était Valérie Plante au grand détriment du maire sortant Coderre.

Bien qu’il pouvait se targuer d’un bilan somme toute avantageux pour lui, le maire Coderre s’est empêtré inutilement dans la reddition de compte concernant le dossier de la Formule E qui est venu, comme prévu par les observateurs de la scène municipale, empoisonner sa campagne voire même sa non campagne.

En contre-partie, Valérie Plante prenant appui sur un slogan de campagne plutôt audacieux en s’affichant comme « l’homme de la situation » a su au fur et à mesure de ses différentes apparitions publiques gagner la sympathie des Montréalais qui s’est traduit en vote concret dans l’urne.

Valérie Plante qu’on se le tienne pour dit est une force tranquille et une battante. En effet, c’est elle qui a battu Louise Harel dans Ville-Marie en 2013. C’est elle qui a battu à la chefferie du parti Projet Montréal en 2016 le favori Guillaume Lavoie. Pour finalement donner congé à Denis Coderre en ce 5 novembre 2017.

La nouvelle mairesse de Montréal a une formation académique en anthropologie et en muséologie et elle est plutôt proche du milieu communautaire. On pourrait la situer dans la mouvance de la philosophie du care présent surtout en milieu anglo-saxon et tentant de se frayer un chemin en Europe.

Pour ceux qui ne sont pas familier avec la philosophie du care disons que c’est une approche du prendre soin et de la sollicitude envers l’autre. Dans le contexte d’une administration municipale cela peut se traduire par une préoccupation axée sur les besoins concrets des individus vivants dans une ville-métropole comme Montréal plutôt que sur des projets de développement uniquement bon pour la croissance économique et parfois pour certains promoteurs. Bien que l’un peut soutenir l’autre.

Qu’a cela ne tienne, pour paraphraser notre nouvelle mairesse, 375 ans après Jeanne Mance, dont la force de caractère n’est plus à démontrer, les Montréalistes se sont donnés une femme pour tenir le fort et les cordons de la bourse. En espérant, qu’après les politesses d’usage, les gouvernements d’Ottawa et de Québec ainsi que le milieu des affaires de Montréal et du Montréal métropolitain soient capables de travailler avec la nouvelle administration montréalaise.

En passant, on attend toujours la publication d’un communiqué officiel de la part du diocèse de Montréal prenant acte du résultat de l’élection pour féliciter la victoire de Valérie Plante, nouvelle mairesse de Montréal et surtout première mairesse de Montréal en ce 375è anniversaire la notre fondation. Doit-on comprendre que le projet de béatification de la princesse Zita de feu le royaume Austro-Hongrois obnubile « nos saintetés » diocésaines au point de passer outre à la vie montréalaise?

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