LE 377è de MONTRÉAL: UN HOMMAGE À DES BÂTISSEUSES DE PRÉSENT ET D’AVENIR

(L’Arrivée des trois religieuses hospitalières de La Flèche en 1659. Vitrail.)


(Peinture. Artiste inconnue. Musée des soeurs de Miséricorde)

(Affiche Publicitaire. Journées de la Culture 2018. Musée des Soeurs de Miséricorde)

(Émilie Tavernier-Gamelin. 1800-1851.)

(Mère Émilie Gamelin. Bronze. Sculpteur: Raoul Hunter (1926-2018). 1999. Photo: Michel Dubreuil/16.04.2007. Édicule de la station Berri-UQÀM)

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LIMINAIRE

Des circonstances hors de notre contrôle, nous ont obligés de retarder la publication de cet article. L’événement étant déjà du passé, nous avons cru bon et nécessaire de remanier quelque peu le texte afin d’en parler plutôt comme témoin des événements.

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Cette année dans le cadre du 377è anniversaire de la fondation de Montréal (1642-2019), le comité de préparation de la messe annuelle de commémoration sous la présidence de l’abbé Marcel Lessard a tenu à rendre hommage à trois communautés religieuses d’ici ainsi qu’à leurs fondatrices respectives en soulignant un jubilé particulier en cet an de grâce 2019 comme on disait à une certaine époque. Ces trois communautés féminines sont les religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, les soeurs de la Providence et finalement, les soeurs de Miséricorde

Les religieuses Hospitalières de Saint-Joseph célèbrent le 350è de l’arrivée à Ville-Marie (1659-2019) des trois premières Hospitalières venant de la ville de La Flèche et qui avaient pour noms Judith Moreau de Brisoles, Catherine Macé et Marie Maillet. C’est justement à ces trois hospitalières que se joindra, en 1662, Marie Morin âgée alors de seulement 13 ans qui deviendra par le fait même la première hospitalière d’origine canadienne et qui, de plus, comme on le sait, rédigera de 1697 à 1725 les célèbres Annales de l’Hôtel-Dieu de Montréal, ce qui en fera, ainsi, la première « historienne » de Montréal juste un peu avant L’Histoire du Montréal de Dollier de Casson.

De leur côté, les religieuses de la Providence célèbrent le 175è anniversaire de leur fondation par Émilie Gamelin. Cette célèbre Mère Gamelin  que l’on croise régulièrement à l’une des portes d’accès du métro Berri-UQÀM tandis que les religieuses de Miséricorde célèbrent l’inauguration de la célèbre Crèche de la Miséricorde fondée en 1879.

À ceux et celles qui se demandent pourquoi en cette commémoration de la fondation de Ville-Marie/Montréal ne pas s’en tenir comme à l’habituel à honorer le gouverneur Chomedey de Maisonneuve ainsi que la proviseure et infirmière, Jeanne Mance, la réponse est toute simple et se décline en deux raisons. D’abord, la première c’est que ces derniers temps, nous avons passablement parlé de nos deux illustres fondateurs. Puis, dans un deuxième temps, nous serions bien avisés de faire ressortir la phrase prophétique du père Vimont, tirée de l’évangile, incrustée dans le granit et le bronze du monument à Maisonneuve (place d’Armes) dites lors de la messe du lendemain de l’arrivée de la première recrue en mai 1642 et qui se lit comme suit: « Vous êtes le grain de sénevé qui croîtra et multipliera et se répandra dans tout le pays« . Ainsi en fut-il jusqu’à nos jours.

En effet, il sied très bien que la commémoration de la fondation d’une ville soit aussi le temps de célébrer les fruits du grain de sénevé mis en terre en cette après-midi du samedi 17 mai 1642. Il faut se rappeler, que tout au long des XVIIIè et XIXè siècles, et même avant, au gré des besoins sociaux et sanitaires qui se manifestaient sur le territoire de la Nouvelle-France, avant comme après la Conquête, des communautés de religieux et religieuses sont fondées afin de faire face aux défis du temps et de tenter d’offrir des solutions. Particulièrement, entre 1840 et 1870 alors que le diocèse de Montréal était sous la gouverne de Mgr Ignace Bourget.

L’évêque de Montréal de l’époque allait régulièrement en France pour solliciter des communautés religieuses afin qu’elles viennent s’établir à Montréal. Quand il essuyait un refus ou qu’il constatait une non possibilité, il en fondait une ici même avec les moyen du bord. Faut-il rappeler qu’il fut un temps où le diocèse de Montréal et, par conséquent la ville, comptait l’équivalent de quelques 165 congrégations religieuses actives.

Pour revenir à nos trois communautés jubilaires du 377è de Montréal, commençons par degré d’ancienneté. Quand on pense aux Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, on pense instinctivement à l’Hôtel-Dieu de Montréal et à Jeanne Mance qui doit-on le rappeler n’était pas religieuse mais une laïque dévouée. Afin de soutenir le travail de celle-ci, Jérôme le Royer de la Dauversière qui avait mis sur pied à La Flèche (France) une communauté de religieuses hospitalières qui était déjà à pied d’oeuvre dans différentes régions du royaume de France avait prévu en délester quelques-unes pour l’Hôtel-Dieu de Mlle Mance.

C’est donc une bouture de cette communauté fléchoise qui est venue s’installer à Montréal. C’est justement Judith de Brésoles qui prendra la relève de Mance. Soit dit en passant, par respect pour l’histoire, si l’on associe la fondation des religieuses hospitalières à Jérôme Le Royer, il importe de souligner que celui-ci avait fait de Marie de La Ferre, co-fondatrice de cette communautés, « sa pierre angulaire » pour l’établissement de cette communauté dans plusieurs régions de la France. Et, en toute honnêteté, on ne peut dissocier le nom de Marie de La Ferre à celui de Le Royer en ce qui a trait à cette communauté de religieuses hospitalières. Comme on ne peut dissocier le nom de Pierre Chevrier, baron de Fancamp du financement des projets de Monsieur Le Royer de La Dauversaire.

Avec Rosalie Cadron-Jetté (1794-1864) et Émilie Tavernier-Gamelin (1800-1851), il nous faut enjamber deux siècles de notre histoire et par conséquent se retrouver dans un tout autre contexte de vie matérielle. En effet, nous sommes au début de l’industrialisation et surtout de l’urbanisation de Montréal avec le type de problèmes qu’amène ce nouveau mode de vie: prolétariat urbain, chômage, esseulement des démunies de tous âges. Or, deux femmes pieuses et bien assumées qui auront connu en l’espace de peu de temps vie conjugale, vie familiale et veuvage prématurée, retrousseront leurs manches et se consacreront à leurs oeuvres respectives.

Rosalie Cadron-Jetté (1794-1864) s’est mariée à l’âge de 17 ans en 1811 à Jean-Marie Jetté. Ils seront respectivement mère et père de onze enfants. Mais en 1832, Rosalie devient veuve. Elle prend le temps d’élever sa marmaille puis en 1845 se sentant dégagée de toute responsabilité familiale, elle réoriente sa vie.

On sait que dès 1840, elle avait commencé à s’entourer de filles-mères dans son propre foyer afin de les soutenir et de leur apporter du réconfort. Rosalie passe outre aux préjugés sociaux de son époque ainsi que de son entourage immédiat voire même de ses enfants et le 1er mai 1845 avec l’aide d’une fille-mère pénitente, comme on le disait à l’époque, elle aménage dans une nouvelle maison donnée pour l’occasion par un riche financier montréalais du nom d’Antoine-Olivier Berthelet. Ce Berthelet possède plusieurs propriétés. Il est un proche soutien des oeuvres de Mgr Bourget et se fera généreux aussi pour celles de Rosalie et d’Émilie.

Puis, le 16 janvier 1848, c’est l’officialisation des débuts d’une communauté de vie religieuse avec les premières prises d’habits. Mère Rosalie, de par tempérament, déclinera toute offre de fonction d’autorité pour, essentiellement, se consacrer à l’accueil des « filles tombées » , le soin des nourrissons, les visites à domicile ainsi que les visites aux prisonnières.

Une dimension du travail qu’ont effectué les soeurs de Miséricorde et qui passe souvent sous le radar, concerne leur travail de sages-femmes. En effet, plusieurs d’entr’elles ont fait oeuvre de sages-femmes. D’ailleurs, les huit soeurs fondatrices possèdent leur certificat de sages-femmes. Ainsi, les soeurs de Miséricorde apportent des soins avant pendant et après l’accouchement. Malheureusement, en 1862, les médecins de l’époque, de leur haute autorité, leur interdisent désormais de s’occuper des accouchements.

Venons-en maintenant à mère Gamelin. Comme on le disait plus haut, Émilie Gamelin (1800-1851) à l’instar de Rosalie Jetté connut la vie conjugale et familial mais en plus tragique si l’on peut dire. En effet, Rosalie épousa Jean-Baptiste Gamelin en 1823. Elle devint veuve quatre ans plus tard. Deux des trois garçons moururent dès après leur naissance tandis que le troisième mourut quelques mois après le décès du père. Il n’y a pas lieu de se surprendre qu’elle pria intensément Notre-Dame-des-Sept-Douleurs.

Puis surmontant ces afflictions, assez à l’aise financièrement suite à l’héritage de son mari, et en pleine possession d’elle-même, elle prend goût pour les oeuvres de charité. Elle participe à la mise sur pied de l’Association des Dames de la charité afin de venir en aide aux victimes de la pauvreté, particulièrement les personnes âgées. Les Dames feront, entre autres choses, des visites à domicile apportant réconfort, aumônes, vêtements s’Il y a lieu.

De plus, parmi les différents legs figurant dans l’héritage laissé par son Jean-Baptiste, il y est mentionné les soins à apporter à un « idiot » connu sous le nom de Dodais. Émilie s’en occupe jusqu’à la mort de celui-ci. Dans la petite histoire des soeurs de la Providence, il semble que ce Dodais soit vu comme étant à l’origine de l’oeuvre de l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu et du Mont-Providence.

Un premier bâtiment à l’angle des rues Sainte-Catherine et Saint-Laurent au niveau du rez-de chaussée servit de premier refuge pour un petit groupe de vieilles dames esseulées. Mais très vite le lieu devient trop exigu.C’est encore Monsieur Berthelet qui offrit l’une de ses nombreuses propriétés afin d’accommoder, cette fois-ci, Émilie. Le 13 mai 1836, la quelque vingtaine de vieilles dames sont transférées dans ce qu’on appela la maison jaune qui devint par la suite le lieu du berceau de la communauté des soeurs de la Providence.

On ne peut passer sous silence la présence active d’Émilie Gamelin auprès des prisonniers politiques issus des Troubles de 1837-1838. Non seulement, elle était parente de quelques-uns mais son dévouement auprès d’eux ainsi qu’à leur famille respective l’a mise au coeur de déchirements dramatiques. Elle assurait, entre autres choses, l’échange de correspondance épistolaire entre les prisonniers et leur famille.

La veille des exécutions par pendaison du notaire Cardinal, père de six enfants ainsi que du jeune Duquette, le seul soutien de famille de sa mère et de ses trois jeunes soeurs, elle put se faire accompagner par des proches des deux prisonniers pour les adieux d’usage. Signalons en plus, qu’Émilie Gamelin était une intime de la famille de Chevalier de Lorimier qui fut pendu, quant à lui, en février 1838.

Émilie Gamelin fut une fidèle collaboratrice de l’évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget mais il n’est pas sûr que le fait que celui-ci voulut transformer la structure civile du groupe des Dames autour d’Émilie Gamelin en structure religieuse canonique ait été le premier choix de la future Mère Gamelin. M’enfin, elle semble malgré tout s’y être pliée de bon coeur.

Nous avons par quelques touches assez épars tenté de vous faire découvrir sommairement cinq femmes dont le dévouement à donner corps au grain de sénevé mis en terre le 17 mai 1642 sur cette pointe du territoire de Montréal et qui ont été mises à l’honneur le dimanche 19 mai 2019 lors de la messe annuelle commémorant la fondation de Montréal.

Comme à l’habituel, la messe a été célébrée à la basilique Notre-Dame à 11h00 par l’archevêque de Montréal, Christian Lépine dont l’homélie est demeurée en périphérie des oeuvres concrètes de ces pieuses femmes engagées à soulager des personnes démunies que l’on dédaignait (filles-mères, malades mentaux, prisonniers politiques, prisonnières de droit commun). De cela, on a rien entendu dans les mots de l’orateur! Cette messe a été précédée à 10h30 par la cérémonie civique et militaire du régiment Maisonneuve avec tribut floraux et salve de tirs. Quant à la Société historique de Montréal, son président, Robert Comeau nous a dans un premier temps conviés pour l’après-messe, à l’obélisque de la place d’Youville à un jet de pierre du Musée de Pointe-à-Callière afin de renouer avec une petite tradition commencée en 1893 alors que la Société historique de Montréal inaugura le monument de la fondation de Ville-Marie. Puis, par la suite les membres de la SHM et quelques invités ont fait bombance avec la tenue du traditionnel banquet de celle-ci.

Pour la petite histoire, disons que l’édition 2019 des commémorations de la fondation de Montréal a brisé une tradition un peu plus que centenaire. On sait que c’est en 1917 qu’eut lieu la première grande commémoration sous l’égide de Victor Morin alors président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (1915-1924) et simultanément de la Société historique de Montréal (1916-1928). Or cette année, la Société historique de Montréal, par la voix de son président Robert Comeau, a voulu prendre ses distances d’avec le diocèse de Montréal et de la messe de commémoration de la fondation de Montréal. Ce qui, bien sûr, n’a pas empêchée la messe d’être dite. Loin de là!

Quant à la Ville de Montréal, sur son site l’on retrouva l’information qui nous conviait le vendredi 17 mai à 18h00, Place de La Dauversière, à un événement festif et inclusif, le mot à la mode ces temps-ci, avec animation et maquillage pour les enfants, une seconde animation par la Compagnie de la Franche Marine et finalement une autre animation-prestation par un groupe de chanteurs de PowWoW contemporain. Grand bien lui fasse!

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LES FRANCO-ONTARIENS: DU RÈGLEMENT XVII À DOUG FORD EN PASSANT PAR MONTFORT

(Le drapeau franco-ontarien. Journal Le Reflet Témiscamien.)

(Une affiche de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario)

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 » Mais je dois informer les honorables membres que quand même la connaissance de la langue anglaise me serait aussi familière que celle de la langue française, je n’en ferais pas moins mon premier discours dans la langue de mes compatriotes canadiens-français, ne fut-ce que pour protester solennellement contre cette cruelle injustice de l’Acte d’Union qui proscrit la langue maternelle d’une moitié de la population du Canada. Je le dois à mes compatriotes, je le dois à moi-même ».

                                                                       –  Louis-Hippolyte La Fontaine

Il en fut ainsi au Parlement de l’Union en ce 13 septembre 1842, où Louis-Hippolyte La Fontaine, premier ministre du Canada-Est, faisant fi de l’interdiction de l’usage du français répondit promptement au député de Toronto (Ontario) qui lui intimait de parler en anglais. C’est par un acte de désobéissance civile, qu’il entama son mandat de premier ministre. Peu importe, le jugement que l’on peut porter sur l’ensemble de l’oeuvre de l’homme, il n’en demeure pas moins que ce discours en français s’apparentant à un crime de lèse-majesté peut continuer à nous inspirer à promouvoir et défendre la langue de nos aïeux comme disait l’autre.

Ce petit détour par l’histoire ouvre la porte à notre sujet d’article. C’est inimaginable comment parfois l’actualité politique peut nous rattraper par la porte d’en arrière alors que l’on surveillait la porte d’en avant. En effet, il y a quelques semaines, la journaliste Denise Bombardier, dans le cadre d’une émission télé (TLMP), eut la maladresse de parler des communautés francophones du Canada comme étant presque disparues et soutenant avec raison que les Métis du Manitoba ne parlaient plus le français.

Il n’en fallait pas plus, pour faire réagir les porte-parole autorisés de ces communautés. Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, Jean Johnson s’est dit étonné de ce genre de propos. tandis que le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick a poliment invité Madame Bombardier à venir participer au prochain tintamarre le 15 août prochain à Caraquet afin de constater de la vitalité des communautés francophones et particulièrement du peuple acadien.

Comme les Québécois devrait le savoir, les communautés francophones sont très chatouilleuses voire même susceptibles lorsque les Québécois portent un jugement sur leur situation numérique et linguistique. C’est qu’au fait, il nous faut savoir distinguer les malheurs subis par ces communautés par des lois restrictives au plan linguistique et la relative vitalité qui ne se dément pas depuis au moins une trentaines d’années.

On le sait un grand malentendu s’est installé entre le Québec et nos compatriotes francophones du Canada surtout depuis la fin des États généraux du Canada français tenus entre 1966 et 1969. Pour résumer sommairement ces États généraux, disons simplement, qu’au terme des grands palabres qu’offrent toujours ce genre de grande assemblée, il y fut tenu un vote sur une résolution à trois volets qui stipulait premièrement que les Canadiens français formaient une nation; deuxièmement que le Québec était en quelque sorte le foyer national de cette nation et que finalement la nation canadienne française avait le droit de disposer d’elle-même et par conséquent de choisir son régime politique.

Cette résolution en trois volet fut très clivante. Si les délégués du Québec (98%), de l’Acadie (52%) et de la Colombie-britannique (59%) ont voté en faveur selon des proportion différentes, l’Ontario (55%), la Saskatchewan (63%), l’Alberta (68%) et le Manitoba (74%) furent nettement en défaveur.

C’est ainsi que mourut le projet et le rêve d’une grande nation canadienne française en Amérique tel qu’entretenu par des hommes comme Henri Bourassa et Lionel Groulx. C’est ainsi que le Canada français s’est fractionné. Le Québec donna naissance officiellement aux Québécois, et les minorités francophones des autres province de la Confédération sont devenues franco-albertaines, franco-manitobaines, franco-ontariennes. Et, les Acadiens sont demeurés Acadiens.

Cette semaine le gouvernement conservateur orangiste de l’Ontario de Doug Ford a annoncé, sans crier gare, l’abandon définitif du projet d’une Université francophone mettant fin aux subventions envisagées ainsi qu’à l’abolition du Commissariat aux services en français pour transférer une partie de son travail au bureau de l’ombudsman de l’Ontario. Tout cela afin de réduire le déficit abyssal de 15 milliards de dollars du gouvernement.

Les franco-ontariens ont déjà joué dans ce genre de film d’économie de budget. En effet, il y a une vingtaine d’années lorsqu’un autre gouvernement conservateur de tendance orangiste décida, sous couvert de faire des économies, de fermer le seul nous répétons une deuxième fois, le « seul » hôpital universitaire francophone en Ontario de l’époque à savoir l’hôpital Montfort. Heureusement, il y eut une levée de boucliers suivi d’un long combat médiatique et surtout judiciaire. En 2001, Montfort obtenait gain de cause en Cour d’appel de l’Ontario. Et, en 2005, un nouveau gouvernement, issu du parti libéral de Dalton McGuintey revint au statu quo.

Nous vous parlions en tout début d’article de l’actualité qui s’inscrivait dans le temps long de l’histoire. Il en est ainsi du sort des minorité francophones du Canada. En effet, pour bien prendre la mesure de ce qui se passe en Ontario gouvernée par des oranges bleus, il faut remonter ou si vous préférez il faut reculer au fameux Règlement XVII  édicté par le gouvernement orange bleu de l’époque.

Le Règlement XVII qu’on peut situer dans la foulée des lois linguistiques restrictives qu’avait connues les provinces de l’ouest du Canada en 1896 et 1905 peut se résumer ainsi: lors de l’entrée scolaire les gamins de six à sept ans pouvaient bénéficier d’un enseignement en langue maternelle française avec apprivoisement des premiers rudiments de l’anglais. Et, dès la 2è/3è années de classe tout devait se dérouler en anglais. Une manière plus ou moins subtile de procéder à l’extinction culturelle du fait français en Amérique britannique.

La crise du Règlement XVII qui perdura de 1912 à 1927 fut, en quelque sorte, l’événement fondateur de l’identité des franco-ontariens. C’est dans la foulée de ce conflit que naissent les différentes institutions franco-ontariennes les plus représentatives des francophones de l’Ontario. On n’a qu’à penser au journal Le Droit des Oblats du père Charlebois. De l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario (ACFEO) dont l’idée remonterait à un projet qu’avait en tête le père Émile David, o.m.i., de l’Université d’Ottawa qui dès 1908 rêvait d’une assemblée de tous les canadiens-français de l’Ontario.

Par ce type de lois restrictives en matière scolaire, le gouvernement conservateur orange bleu pouvait ainsi se préserver l’appui des extrémiste anglo-protestants que l’on retrouve aisément au sein des loges orangistes ontariennes mais aussi des anglo-catholiques, oui, oui, vous avez bien lu des anglo-catholiques et particulièrement, de l’épiscopat irlandais avec à sa tête, l’évêque de London en la personne de Mgr Michael Francis Fallon.

Le reproche fondamental fait à la clique épiscopale irlandaise ontarienne menée par Mgr Fallon et par une bonne partie du clergé irlando-catholique est à l’effet que ceux-ci menaient une guerre sourdre aux franco-ontariens en cherchant à établir la suprématie de la langue anglaise à l’intérieur de l’Église catholique de l’Ontario.

Mais ce conflit scolaire quoique local ne put s’empêcher de déborder les frontières de l’Ontario puisqu’une attaque contre une partie des Français d’Amérique devait ameuter tout le Canada français de l’époque. Il ne faut pas oublier mais plutôt se rappeler que le Québec du premier tiers du XXè siècle était en pleine effervescence nationaliste et patriotique consécutive à notre opposition à la guerre des Boers et au premier conflit mondial et la crise de la conscription qui s’en est suivi.

C’est l’époque de Henri Bourassa, grand orateur, homme politique et fondateur du journal Le Devoir (1910) et du chanoine Lionel Groulx qui dès 1915 tiendra la première chaire d’histoire du Canada à la Faculté des Arts de l’université de Montréal alors une succursale de l’Université Laval. S’ajoute à ces deux illustres personnages, Olivar Asselin, journaliste et président de la Société Saint-Jean-Baptiste-de- Montréal ). Sans oublier que ce conflit ne laisse pas indifférent le cardinal Bégin (archevêque de Québec) ainsi que Mgr Bruchési (archevêque de Montréal).

Pour Lionel Groulx qui se veut le chantre du Canada français partout où il se trouve en Amérique du nord, le conflit linguistique ontarien sonne le réveil de la nation canadienne-française. En ajoutant à cela la crise de la conscription de 1917, on se retrouve avec un cocktail explosif permettant une prise de conscience de l’identité nationale canadienne-française.

En effet, pour Groulx, chaque combat nationaliste et patriotique sont une manière de refuser les affres de la Conquête de 1760 et de la Cession (Traité de Paris) d’un territoire et d’un peuple à un empire britannique. Groulx entretenait de nombreux contacts avec les chefs de la résistances franco-ontarienne et il était souvent sollicité pour ses judicieux conseils. Mais il avait, tout de même, pour prémisse une maxime qui pouvait se résumer ainsi en non ingérence mais non indifférence. Tien, tiens.

De ces chefs de file locaux du combat ontarien, il y eut deux illustres sénateurs, l’un venant des rangs conservateurs et l’autre du parti libéral. D’abord le sénateur Philippe Landry suivi du sénateur Napoléon Belcourt qui furent successivement président de l’ACFEO.

Au moment où éclate la crise causée par le Règlement XVII, le sénateur Philippe Landry était alors président du Sénat canadien. À l’âge vénérable de soixante-dix ans, Landry décide de quitter le confort de la présidence du Sénat afin d’avoir les coudées franches et libres de toutes attaches, il accepte la présidence de l’ACFEO afin de mener le combat.

Lorsque celui-ci mourut à l’âge de 74 ans, les funérailles furent présidées par le cardinal Bégin et l’éloge funèbre lu par Mgr Latulipe lequel pour valoriser l’action du défunt eut des mots dures pour le gouvernement ontarien de l’époque. « On édicta contre nos écoles un règlement attentatoire aux droits des pères de famille,attentatoire à la vie de notre race, et quoique d’une manière indirecte, pareillement attentatoire aux droits de notre sainte religion» (Mgr Latulipe, Oraison funèbre).

Qu’en est-il maintenant? Que nous faut-il faire? Doit-on réagir comme Québécois ou comme Canadien-français. Peut-on additionner les deux statuts et réagir comme Québécois et comme Canadien-français sans démériter? Peux-ton revêtir les oripeaux de notre origine canadienne-française pour se faire solidaire de nos frères et soeurs de « race » comme on disait à une certaine époque?

Sans ingérence indue mais surtout sans indifférence, nous considérons que le gouvernement de l’État québécois, foyer principal et indiscutable du groupe ethno-culturel canadien-français en terre d’Amérique du nord depuis le XVIIè siècle et membre à part entière de l’Organisation internationale de la francophonie ne peut se défiler.

L’État du Québec doit fournir son support financier et organisationnel à l’Assemblée des francophones de l’Ontario (AFO) selon les paramètres que celles-ci demande dans une optique de non ingérence non indifférence. Il faut profiter de cette occasion pour rebâtir les ponts entre toutes les francophonies d’Amérique. Il est vain et inutile de faire partie de l’Organisation internationale de la francophonie même sans Madame Jean si nous sommes eunuques quand un morceau important de la francophonie de l’Amérique française nous interpelle. La francophonie internationale ce n’est pas juste l’Afrique de la Françafrique mais c’est aussi la francophonie d’Amérique.

« Le Québec a charge d’âmes » disait à propos le chanoine Groulx, en février 1921 dans l’Action française. Alors qu’est-ce qu’on attend pour prendre charge d’âmes?

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UN QUÉBEC CAQUISTE POUR QUATRE ANS

(La cuvée 2018 de la CAQ. 74 députés. Photo: La Presse canadienne)

(Le premier gouvernement de François Legault. Photo: Tolérance.ca)

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En mars 2014, la Coalition Avenir Québec y allait de son slogan de campagne électorale avec « On se donne Legault ». Cette campagne était, en quelque sorte, au dire même de François Legault  « la bataille de sa vie ». Hélas! Il lui a fallu attendre quatre autres années avant que le Québec « se donne Legault  » et que la bataille de sa vie devienne la victoire de sa vie.

Ainsi, au matin du 2 octobre 2018, jour des Saints Anges gardiens et une énième année après la mort le même jour de Robert Bourassa (1996), premier ministre du Québec de 1970-1976 et de 1985-1994, François Legault s’est réveillé premier ministre du Québec.

Nul besoin de dire que le Parti Libéral du Québec s’est fait congédier sans appel et que les Québécois en ont profité aussi pour vider complètement le vestiaire de l’Assemblée nationale en virant le Parti Québécois comme Opposition officielle. Faut-il donc concéder que l’un et l’autre sont appelés à non seulement se refaire une beauté mais surtout une crédibilité.

Il faut admettre que cette fois-ci le PQ a facilité la tâche des électeurs québécois. En effet, ayant décidé de cacher le gros éléphant politique qu’est la question nationale dans le garde-robe des vieux chiffons, cela a permis de libérer le vote dit national. Mais ce vote est devenu tellement libre et volatil qu’il y avait même un certain pourcentage d’électeurs et d’électrices qui hésitait entre la CAQ et QS. Comme si les deux formations avaient le même programme économique. Alors que la première est de tendance capitaliste néo-libéral, et, interventionniste si nécessaire, l’autre, QS, est plutôt social-altermondialiste, prêt même à nationaliser les comptes CELI!

Au final, comme on le sait les deux grands gagnants de l’élection de 2018 sont la CAQ et Québec Solidaire qui, quant à lui, a presque fait la barbe au PQ. Il faut reconnaître que la stratégie de campagne de QS a porté fruit. D’abord, il y a deux ans avec le refus de l’état-major de QS de faire alliance avec le PQ.  Ce refus reposait sur le fait que la formation de QS pressentait la possibilité d’aller chercher les comtés de Hochelaga-Maisonneuve et de Laurier-Dorion. Ajoutant à cela plus récemment celui de Rosemont en y présentant un candidat connu en la personne de l’ex-journaliste de La Presse, Vincent Marissal. En tous les cas, s’il n’était pas clair au yeux du PQ que QS voulait d’abord sa peau sur l’échiquier bien avant de former un gouvernement crédible, on ne sait pas ce qui lui faut de plus pour le comprendre!

Mais revenons aux vrais vainqueurs de cette élection à savoir les 74 élus et élues de la CAQ. Il faut aussi rendre hommage au chef de la CAQ et  reconnaître la ténacité et l’opiniâtreté de François Legault. L’homme d’affaire (Air Transat) débauché par Bernard Landry vers les années 1997-1998 et présenté au PM du Québec de l’époque Lucien Bouchard est devenu un ministre-vedette des gouvernements Bouchard (1996-2001) et Landry (2001-2003).

Mais las de courir après une indépendance qui tardait à venir, F. Legault quitte la politique en 2009 pour mieux y revenir en fondant d’abord un mouvement puis finalement un parti politique en bonne et due forme nommé Coalition Avenir Québec sur et avec les restes de l’ADQ de Mario Dumont. Ayant comme devise politique constitutionnelle le ni-ni, ni fédéraliste à outrance ni souverainiste pointilleux mais nationaliste à l’intérieur du Canada selon la célèbre maxime d’Yvon Deschamps, Un Québec fort dans un Canada uni.

C’est ainsi qu’en octobre 2018, après trois campagnes électorales éreintantes, celui qui tout au long des dernières années est allé chercher presque un à un les candidats de son camp et surtout ceux et celles qui pourraient être aptes à faire parti d’un premier gouvernement caquiste, est enfin récompensé. Parlant de gouvernement, si l’on se fie au cv ainsi qu’au parcours professionnel des 13 hommes et 13 femmes appelés à former le premier gouvernement Legault, il est en terme de compétence, en puissance cela va sans dire, celui qui se rapproche le plus du premier gouvernement Lévesque (1976-1981) avec une pointe plus forte en matière économique. Ce n’est pas peu dire. Bien qu’en contre-partie, l’on puisse concéder que le nouveau gouvernement soit plus faible intellectuellement. Celui du PQ de 1976 comportait plus de gens du monde universitaire et issu du monde syndical et fut nettement non préoccupé par le phénomène de parité homme-femme au sein du gouvernement. Parlez-en à Lise Payette. Autre temps, autres moeurs!

Nous terminons en déplorant ce faux amalgame où l’on a tenté un rapprochement entre la CAQ et les divers partis populistes européens voire même avec le nouveau parti de Madame Le Pen. Il faut être malhonnête intellectuellement ou faire preuve d’ignorance crasse ou même les deux pour véhiculer une telle énormité. Le parti de François Legault a beau vouloir se positionner à droite de l’échiquier politique, il est loin de se mouvoir à la droite de la droite.

En somme, le résultat de l’élection québécoise de 2018 s’avère le reflet des différentes tendances qui se font jour sur le terrain de l’opinion publique québécoise des derniers temps. Le gouvernement Couillard-Barrette semblait avoir du plomb dans l’aile, l’Opposition péquiste continuait d’être sur la pente descendante depuis le temps d’André Boisclair (2005) malgré l’accident de parcours que fut le gouvernement Marois (2012-2014). Pendant ce temps-là, QS continuait à grapiller les votes des indépendantistes déçus ou des révolutionnaires en herbe.

Quant à savoir si le premier gouvernement caquiste de François Legault sera à la hauteur des espérances qu’il a pu soulever, quoi de plus facile que de reprendre une marotte familière à Monsieur Legault,  » On verra… »

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MONTRÉAL (1642-2018) ET MAINTENANT LE 376è

(La fondation de Montréal. William Hugues Taylor, peintre. L’une des peintures du chalet du Mont-Royal. Photo: Guérin F. 2014)

(9è vitrail en l’église Saint-Pierre et Saint-Paul à Hiers-Brouage,Charente-Maritime/France. Inauguré le 28 octobre 2017 en l’honneur de Marguerite Bourgeoys. Jean-François Bordenave, maître verrier. Don du Comité du Mémorial de la Nouvelle-France)

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Les grandes festivités du 375è sont déjà choses du passé. Nous en sommes déjà au dimanche commémorant le 376è anniversaire de la fondation de Montréal.

En effet, comme elle le souligne depuis 1917, la Société historique de Montréal profite du dimanche le plus près du 17 mai de chaque année afin de célébrer et commémorer l’oeuvre et le travail de Maisonneuve et de Jeanne Mance sans oublier tous ceux et celles qui ont gravité autour du fort sis sur la petite pointe de terre où se rencontrait le fleuve Saint-Laurent et la rivière Saint-Pierre, connue plus tard sous le nom de la Pointe-à-Callière.

Ce dimanche 20 mai 2018 la journée de commémoration commence par sa traditionnelle messe présidée par l’archevêque de Montréal en la basilique Notre-Dame à 11h00. En cette année 2018, la célébration liturgique soulignera trois anniversaires.

En premier lieu, à toute sainte tout honneur, nous soulignerons le 360è anniversaire de la première école du bourg de Ville-Marie sous l’égide de Marguerite Bourgeoys. Puis, le 150è anniversaire du départ pour Rome de cent cinquante volontaires connus sous le nom de zouaves pontificaux et finalement le 160è anniversaire de la Société historique de Montréal.

Suivra comme à l’accoutumée, une petite cérémonie civique où quelques personnalités publiques salueront d’un mot de circonstance la foule rassemblée. Puis, le régiment Maisonneuve s’exécutera avec sa parade et ses tirs de fusils avec détonation à vous faire ciller les tympans.

Il ne faut pas perdre de vue que la fondation de Montréal, repose sur un projet d’implantation d’une colonie missionnaire catholique afin d’établir une société où pourrait vivre en harmonie les colons français et les peuples amérindiens de la vallée du Saint-Laurent.

Outre les incontournables, Pierre Chomedey, sieur de Maisonneuve et Jeanne Mance, il nous faut garder aussi en mémoire nombre de personnes importantes que l’on retrouvera dans la colonie au fil des décennies. Nous pensons au major Lambert Closse, à Marguerite Bourgeoys, aux explorateurs et commerçants Jacques Le Ber et son beau-frère Charles Lemoyne celui dont l’un des nombreux fils ira fonder la Louisiane et un autre qui sera connu sous le célèbre nom d’Iberville (Pierre Lemoyne), au valeureux Adam Dollard Des Ormeaux et sa troupe, à la recluse de Ville-Marie, Jeanne Le Ber.

Sans oublier l’inspirateur et soutien financier du projet de colonie que fut Jérôme Le Royer et l’autre important soutien moral et financier que fut Pierre Chevrier, baron de Fancamp. Et, finalement, Jean-Jacques Olier, fondateur de Saint-Sulpice qui au fil des ans sera au coeur du projet de Ville-Marie au sein de la Société de Notre-Dame-de-Montréal dont la plupart des personnes mentionnées plus haut étaient affiliées.

Puisque nous parlons de la fondation de Montréal, on nous permettra ici, en guise de conclusion, de faire part à notre lectorat d’un certain agacement. En effet, depuis quelques temps les Montréalais entendent souvent des représentants de nations autochtones nous seriner que Montréal est un territoire mohawk non cédé.

On sait que l’ancien maire de Montréal, Denis Coderre, commençait la plupart de ses discours officiels par cette phrase. Or, il appert que la nouvelle administration ouvrira les séances du conseil de ville par une déclamation sensiblement pareille à savoir Montréal ville autochtone non cédé. Hé bien! Plus colonisé que cela, tu meurs!

Non seulement nos représentants politiques se transforment en marionnettes de ventriloque pour autochtones mais en plus par leur inculture, ils marinent dans le révisionnisme historique de mauvais aloi pour ne pas dire qu’ils nous font jouer dans un film de série B.

On nous interprète la symphonie des sanglots de l’homme blanc pour faire bon chic bon genre et nous culpabiliser d’être ici et maintenant dans la ville que nous avons bâti depuis près de quatre siècles et cela peu importe notre lieu de provenance encore moins de notre ancienneté sur ce vaste territoire.

Alors, que la plupart des historiens et chercheurs le moindrement honnêtes et sérieux, nous apprennent qu’en l’état des recherches actuelles, le territoire de l’Île de Montréal aurait été déserté depuis longtemps des groupements iroquoïens. Et, par conséquent, il serait faux voire fallacieux de prétendre que la colonie de Ville-Marie aurait pris la place de quelque groupe que ce soit.

L’histoire universelle nous est témoin de ces régulières périodes de transhumance de l’espèce humaine dont certains groupes migrent d’un territoire à l’autre pour diverse raisons. Il n’y a point de privilège ni de préséance pour l’ordre d’arrivée sur un territoire à moins de documents juridiques en bonne et due forme.

Quant aux bavures de l’histoire, il importe que tout un chacun se regarde dans un miroir. Dans les différents projets de Vérité et Réconciliation l’un des deux termes ne doit pas faire obstacle à l’autre. Autrement dit, il faut éviter les distorsions de vérités historiques sous couvert de se réconcilier dans un bon-ententisme de mauvais aloi.

Nos ancêtres d’origine française ont tenté vaille que vaille de vivre pacifiquement avec les groupes amérindiens arrivés depuis quelques millénaires en zone américaines. Mais comme on le sait les nations iroquoises ont cherché par tous les moyens de décourager la migration française tout au long de XVIIè siècle.

La fondation de Montréal s’est faite dans le feu et le sang. La rage meurtrière des Iroquois les ont conduit au génocide physique de la famille huronne. N’eut été de la levée d’une Seconde Recrue en 1653 suivie par l’arrivée du régiment Carignan-Salières en 1665, le projet d’une colonie missionnaire à Montréal et même la présence française dans le nord de l’Amérique aurait été en péril.

En 1701, sous l’égide des Français, nous sommes parvenus à une sorte de « paix des braves ». La Grande Paix de Montréal signée par les différentes nations amérindiennes de toute l’Amérique du nord et les Français, instaurait non seulement la paix entre les Français et les Amérindiens mais elle mettait fin aussi aux guerres et guéguerres entre les Amérindiens eux-même. C’est peu dire.

Nous sommes en 2018, nous habitons tous le même territoire soit l’état du Québec et plus particulièrement Montréal.Ce territoire appartient à tous ceux qui l’habitent et à tous ceux qui se préparent à l’habiter. Le choc des cultures est surmontable grâce à un dialogue sincère sans échappatoire et à des politiques publiques qui permettent à tous de se sentir partie prenante d’un pays, d’un territoire. C’est à tout un chacun de se « concéder » un espace vital pour s’épanouir et continuer à développer cet immense territoire ainsi que de se donner un avenir commun et diversifié.

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LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE DE MONTRÉAL (1858-2018)

LIMINAIRE

Le 11 avril 1858, un quatuor de personnes impliquées dans la vie de Montréal décida de fonder pour le présent de leur époque et pour la postérité la Société historique de Montréal. Cette société savante célèbre cette année son 160è anniversaire de fondation. Pour le bénéfice de nos lecteurs et lectrices, nous reproduisons l’article inaugural* de VILLE-MARIE EXPRESS de mars 2015 portant à juste titre sur la Société historique de Montréal fondée, entre autre, par le maire de Montréal et inspecteur-surintendant de l’époque, Jacques Viger (1787-1858).

*  Cet article fut revu, corrigé et amélioré le 11 avril 2018 par le rédacteur de VILLE-MARIE EXPRESS.

http://ville-marie-express.quebec/index.php/2015/03/

 

 

 

 

 

LA CROIX DU MONT-ROYAL (1643-2018) 375 ANS APRÈS MAISONNEUVE

(photo: Olivier Jean. Archives La Presse)

(Vue de soir de la croix illuminée. Photo: source inconnue)

(Vitrail représentant le geste de Maisonneuve du 6 janvier 1643. Photo: Basilique de Montréal)

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Quelques deux centaines tout au plus de valeureux et de valeureuses catholiques montréalais et montréalaises ont bravé le froid sibérien de texture québécoise afin de se mettre dans les pas de Paul Chomedey de Maisonneuve, fondateur de Montréal avec sa collègue Jeanne Mance en refaisant un petit parcours sur la montagne montréalaise afin de commémorer l’installation de la première croix (en bois) fait par Maisonneuve.

L’on sait que fin décembre 1642, le fort de la jeune colonie étant installé sur une pointe jouxtant le fleuve, la formation d’une embâcle sur la petite rivière Saint-Pierre menaçait de sortir de son lit et ainsi inonder le fort de la colonie. Priant instamment la Vierge de les préserver d’un tel malheur, Paul Chomedey promit en retour d’aller planter une croix sur la montagne.

C’est ainsi que le 6 janvier 1643, honorant sa promesse, les membres de la jeune colonie, Maisonneuve en tête, escalade la montagne pour y planter une croix. Cette croix de bois nul n’en trouve la trace maintenant et la croix que l’on voit tant le jour que la nuit à l’un des sommets de la montagne, c’est la croix de 1924.

Afin de bien en apprécier les tenants et aboutissants de cette croix du Mont-Royal qui surplombe la ville de Montréal, nous allons comme à notre habitude faire un petit détour par l’histoire. Et nous allons y découvrir beaucoup plus de choses que l’on y aurait pensé auparavant.

En effet, c’est en 1924 à l’initiative de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal qu’un projet d’une croix métallique et illuminée prend forme. La SSJB-M reprend une idée lancée par l’abbé Alexandre-Marie Deschamps, alors curé de Saint-Sulpice, à l’occasion de la fête de la Saint-Jean-Baptiste de 1874 lors d’un sermon dans lequel il exhortait à reprendre le geste du premier gouverneur de Montréal.

Le projet était tombé dans l’oubli jusqu’à ce qu’il soit repris en 1924 par la SSJB-M. Mais, attention, la relance du projet s’inscrit dans un vaste projet d’affirmation patriotique et de résistance nationale. Il faut se remettre en mémoire que dans les années 20, nous sommes au Québec en pleine fièvre nationale pour ne pas dire nationaliste.

C’est la grande époque de Henri Bourassa et son nationalisme canadien, de Lionel Groulx et de son nationalisme typiquement canadien-français. À l’époque les différentes Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Canada français et même des États-Unis en mènent large. Et particulièrement la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal sous la présidence de Victor Morin.

Nous vous avions déjà parlé de ce Victor Morin. C’est lui qui avait organisé la première célébration et première commémoration de la fondation de Montréal en 1917 avec au menu une messe suivie d’activités familiales dans tout le Vieux-Montréal, berceau historique de la fondation de Montréal.

De 1891 à 1930, une frénésie de commémoration pullulent ici et là dans tout l’Occident et particulièrement au Québec et à Montréal. C’est une époque de recherche de marqueurs identitaires. Tiens! Tiens! Comme les temps se ressemblent étrangement. Ici, à Montréal, les nobles élites tant francophones et qu’anglophones se disputent l’espace public. Mais les francophones marquent le coup.

En allant installer une croix métallique et illuminée sur un promontoire du Mont-Royal c’est une manière pour les Canadiens-français de prendre symboliquement possession d’un territoire historiquement associé à l’élite économique anglophone. Un peu à l’instar de Mgr Bourget au XIXè siècle qui suite à l’incendie de la cathédrale sise sur la rue Saint-Denis décide reconstruire la nouvelle cathédrale dans l’ouest de la ville, partie de la ville historiquement associé à l’élite anglophone. Sans oublier que depuis 1904, se trouve sur un autre versant de la montagne un petit oratoire dédié à Saint-Joseph dont une grande basilique émergera dans les décennies à venir. Et que dire de l’éventuelle installation de l’Université de Montréal.

En effet, depuis 1860 la ville de Montréal est redevenue majoritairement francophone et c’est pourquoi dans les premières décennies du XXè siècle des leaders nationalistes tels que Bourassa et le chanoine Groulx s’évertuent à secouer l’apathie atavique des canadiens-français. Nous sommes français et catholiques et cela doit se voir selon les ténors nationalistes.

C’est ainsi que l’installation d’une croix s’inscrira dans un vaste projet d’affirmation nationale dans une ambiance effervescente. D’abord, le tout commence en mai 1924 par la cession officiel par la Ville de Montréal, d’une portion du territoire de la montagne pour l’installation d’une grande croix. En juin, il y aura un grand congrès auquel participera Lionel Grouxl, et le 24 juin, précisément, il y aura une cérémonie de bénédiction de la pierre angulaire par Mgr Emmanuel-Alphonse Deschamps alors vicaire général du diocèse de Montréal le tout suivi d’un énorme défilé de la Saint-Jean à caractère historique et patriotique contenant pas moins de 24 chars allégoriques ayant pour thème « Ce que l’Amérique doit à la race française  » .

Rappelons tout de suite, pour ne pas heurter les frilosités des uns et des autres, qu’à l’époque le vocable race était utilisé en lieu et place des mots peuple ou nation et que l’un et l’autre s’équivalaient.

Il serait bon de spécifier que pour les organisateurs, l’installation de la croix sur la montagne ne se résume pas au geste accomplie par Maisonneuve. La croix de la montagne se veut aussi liée au geste de Jacques Cartier qui arrivant à Gaspé planta une croix au nom du roi de France. La plantation d’une croix est la réalité et la symbolisation d’une prise de possession d’un territoire à l’instar de la plantation d’un drapeau. N’en déplaise à nos amis autochtones. Tels étaient les us et coutumes de l’époque.

Alors, désormais, lorsque nous regarderons la croix du Mont-Royal, il faudra se remémorer tout cela afin de mieux comprendre tout ce qui se cache de sens et de significations dans cette croix métallique et illuminée de 1924. Il n’y a plus de Mgr Bourget, de Bourassa, de Groulx. Le Québec malgré ses grands succès est en panne. On doit se contenter de fonctionnaires et de notables de la chose politique et de la chose religieuse. Notre apathie atavique est à son comble. Ici, le nationalisme et le catholicisme sont des cadavres en sursis. Qui aura l’audace d’y insuffler le souffle de la résurrection? Excusez-m’en le pléonasme.

Malheureusement, pour terminer, je ne peux m’empêcher, et cela bien humblement et en toute fraternité, de réagir à un propos de Mgr Christian Lépine. Bien qu’il est toujours hasardeux de faire un commentaire sur un propos alors que l’on a qu’un extrait et qu’il peut être malhonnête d’en faire le procès. Je me risque quand même. Dans le topo rapporté par Radio-Canada, l’évêque de Montréal affirme péremptoirement que les gens de la colonie de Ville-Marie n’étaient pas venus pour établir une ville française mais plutôt une ville où les Français et les autochtones vivraient ensemble.

Il est vrai que le projet de la colonie de Ville-Marie est un projet privée d’une mission évangélique financée par Jérôme Le Royer de La Dauversière et par Pierre Chevrier, baron de Fancamp. Mais cela s’inscrit tout de même dans le processus de colonisation française du continent nord-américain. Les gens de la colonie de Ville-Marie, ils sont, et Français, et Catholiques. Le problème de la langue ne se pose pas à l’époque. La colonie de Ville-Marie est et sera implicitement française et catholique. Cela tombe sous le sens.

Alors pourquoi l’évêque de Montréal fait-il ce distinguo? Cette petite phrase n’est pas anodine d’autant plus que les caméras de Radio-Canada sont sur les lieux. Et puisqu’elle n’est pas anodine cela veut dire qu’il s’adresse à ses contemporains montréalais. L’évêque de Montréal exprime-t-il son malaise face à la revendication de Montréal ville française? Si oui, il doit s’en expliquer un peu plus. Sinon, pourquoi tenir un tel propos.

Peut-être s’est-il invité sans nécessairement le vouloir dans l’éternel débat linguistique auquel sont confrontés les francophones de Montréal que l’on n’ose plus appeler canadiens-français depuis qu’on est devenu au final Québécois? Qu’a cela ne tienne, qu’on se le cache ou non, la colonie de Ville-Marie et son projet d’évangélisation des Amérindiens était par définition une colonie française en terre d’Amérique et ce projet de nature privée parce que financé par des particuliers ne pouvait se faire que dans le cadre du processus des projets de colonisation des terres du Nouveau Monde par la France monarchique de l’époque.

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http://http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1076601/mont-royal-montreal-croix-375-anniversaire-paul-chomedey-maisonneuve

ÉDITORIAL: VALÉRIE PLANTE, MAIRESSE DE LA BOURGADE DE MONTRÉAL!

(Valérie Plante à l’Hôtel de Ville le lendemain de l’élection. 6 novembre 2017. Photo: Paul Chiasson .Canadian Press.)

(Soir de l’élection. Valérie Plante entourée de son conjoint et de ses deux fils. Photo: Graham Hughes. Canadian Press.)

(Emission de télé «  Tout le monde en parle « . À gauche, le maire Coderre. À droite, Valérie Plante. Photo: Radio-Canada.)

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Par un heureux hasard, les élections municipales à travers le Québec ont coïncidé avec l’année jubilaire du 375è anniversaire de fondation de Montréal. Les Montréalais et Montréalaises en ont profité pour se faire un cadeau. Un leg du 375è en quelque sorte.

Sur les 42% de Montréalais qui se sont déplacés pour déposer leur bulletin de vote dans l’urne, 51,4% ont décidé de faire confiance à l’illustre inconnue qu’était Valérie Plante au grand détriment du maire sortant Coderre.

Bien qu’il pouvait se targuer d’un bilan somme toute avantageux pour lui, le maire Coderre s’est empêtré inutilement dans la reddition de compte concernant le dossier de la Formule E qui est venu, comme prévu par les observateurs de la scène municipale, empoisonner sa campagne voire même sa non campagne.

En contre-partie, Valérie Plante prenant appui sur un slogan de campagne plutôt audacieux en s’affichant comme « l’homme de la situation » a su au fur et à mesure de ses différentes apparitions publiques gagner la sympathie des Montréalais qui s’est traduit en vote concret dans l’urne.

Valérie Plante qu’on se le tienne pour dit est une force tranquille et une battante. En effet, c’est elle qui a battu Louise Harel dans Ville-Marie en 2013. C’est elle qui a battu à la chefferie du parti Projet Montréal en 2016 le favori Guillaume Lavoie. Pour finalement donner congé à Denis Coderre en ce 5 novembre 2017.

La nouvelle mairesse de Montréal a une formation académique en anthropologie et en muséologie et elle est plutôt proche du milieu communautaire. On pourrait la situer dans la mouvance de la philosophie du care présent surtout en milieu anglo-saxon et tentant de se frayer un chemin en Europe.

Pour ceux qui ne sont pas familier avec la philosophie du care disons que c’est une approche du prendre soin et de la sollicitude envers l’autre. Dans le contexte d’une administration municipale cela peut se traduire par une préoccupation axée sur les besoins concrets des individus vivants dans une ville-métropole comme Montréal plutôt que sur des projets de développement uniquement bon pour la croissance économique et parfois pour certains promoteurs. Bien que l’un peut soutenir l’autre.

Qu’a cela ne tienne, pour paraphraser notre nouvelle mairesse, 375 ans après Jeanne Mance, dont la force de caractère n’est plus à démontrer, les Montréalistes se sont donnés une femme pour tenir le fort et les cordons de la bourse. En espérant, qu’après les politesses d’usage, les gouvernements d’Ottawa et de Québec ainsi que le milieu des affaires de Montréal et du Montréal métropolitain soient capables de travailler avec la nouvelle administration montréalaise.

En passant, on attend toujours la publication d’un communiqué officiel de la part du diocèse de Montréal prenant acte du résultat de l’élection pour féliciter la victoire de Valérie Plante, nouvelle mairesse de Montréal et surtout première mairesse de Montréal en ce 375è anniversaire la notre fondation. Doit-on comprendre que le projet de béatification de la princesse Zita de feu le royaume Austro-Hongrois obnubile « nos saintetés » diocésaines au point de passer outre à la vie montréalaise?

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PÉRIL EN LA DEMEURE?

(Le Penseur. Bronze d’Auguste Rodin (1840-1917). 1882. Cour de justice de l’Union européenne, Luxembourg.)

(Le Cri. Edvard Munch. Peinture. Oeuvre impressionniste. 1893. L’une des cinq versions.)

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Par définition et en lien avec la mission que nous nous sommes donnée, il nous arrive occasionnellement, d’écrire un texte en mode éditorial qui est évidemment relié à un événement historique concernant Montréal ou tout simplement à l’actualité montréalaise en lien avec l’histoire.

Notre lectorat nous permettra de dévier un tant soit peu à cette ligne éditoriale afin d’aborder une question de société, ou plus précisément à une question ayant trait au vivre ensemble. Mais puisqu’il s’agit d’une question qui est révélatrice de la vie contemporaine de la société montréalaise mais surtout de la société québécoise dans son ensemble, nous pensons que notre propos est de mise. À tout le moins, on se sera positionné sur notre manière de concevoir nos rapports collectifs. Ainsi comme on dit en philosophie politique, vous saurez encore plus et mieux d’où l’on parle.

Certains Québécois, et certains plus que d’autres, aiment nous introduire dans des psycho-drames qu’une société mature devrait se passer. Cela dit, il nous est loisible et permis de soulever certaines questions sur la manière dont les pouvoirs publics gèrent ses dossiers et orientent incidemment l’opinion publique.

Nous ne reprendrons pas tout ce qui s’est dit et écrit sur toutes les plate-forme à propos de cette arrivée que l’on dit massive des migrants venants de notre voisin de frontière qu’est les États-Unis d’Amérique. Frontière qui s’étend sur 6 414 km mis à part celle séparant le Canada de l’Alaska (2 472 km). Quant à la frontière, Québec-USA, l’on parle à peine de 813 km. Pas de quoi faire un mur! Nous soulèverons plutôt les écueils et les dangers à éviter avant, pendant et après la discussion publique. Nous disons bien discussion publique. Les Grecs de l’Antiquité usaient du terme de délibération, confrontation suivie d’une décision, inhérent à la chose publique, la res publica romaine.

Doit-on rappeler que pour le meilleur et pour le pire, au Québec, comme dans une quarantaine de pays de la planète nous vivons dans une démocratie libérale avec tous les défauts que ce genre de gouvernance comporte. Mais si l’on veut mieux comme modèle de démocratie « libérale », l’on peut toujours tenter de refaire sa vie ou de demander un permis de travail temporaire ou un permis de séjour au Vénézuéla de Maduro, à la Turquie d’Erdogan, à la Russie de Poutine, à la Chine de Xi Jinping, ai-je besoin dans rajouter?

Une des caractéristiques des démocraties libérales mise à part la séparation des trois pouvoirs, c’est le parlementarisme. Le mot le dit bien, c’est le règne de la « parole » qui parle. À défaut de se battre avec des armes destructrices, nous avons opté plutôt pour l’art de parler, c’est-à-dire, prendre le temps de s’expliquer afin de régler nos différends. Malgré que l’on sache, qu’à sa manière, la prise de parole puisse être puissamment destructrice, c’est ce que l’homme a trouvé de mieux et de moins sanglant comme alternative.

C’est pourquoi dans un premier temps, l’on convie nos hommes et femmes politiques à mesurer et soupeser leur parole. Commençons d’abord par ceux qui font office d’Opposition à Sa Majesté (régime de monarchie constitutionnelle oblige). Ils ont le droit et le devoir de poser des questions sur la manière de faire du gouvernement mais la façon dont ils posent leurs questions doit éviter les sous-entendus qui permettraient d’ouvrir un boulevard aux intolérants ou aux individus insécures. Quoiqu’il faut être beaux joueurs et reconnaître que les intolérants ou les gens qui sont allergiques à ce qui ne leur ressemble pas ont le droit de s’exprimer publiquement dans les limites de la loi et de l’ordre public comme prescrit en démocratie.

En ce qui concerne les gouvernements du Canada et du Québec, dans le cas du premier, il doit faire attention à ne pas vendre des illusions passagères alors qu’au second, on lui demande d’éviter de donner des leçons d’une manière hautaine quoiqu’il puisse avoir raison sur le fond. Il se doit de prendre le temps de justifier sa façon de faire afin que lui-même, à sa manière ne souffle pas sur les braises de l’intolérance et attise bien malgré lui le feu des passions irrationnelles.

Quant à nous qui sommes le peuple souverain, nous devons nous comporter justement comme un peuple souverain et prendre le temps de faire la part des choses. Dans l’Affaire des migrants de notre été 2017, migrants d’origine haïtienne dans sa vaste majorité, s’entremêle, insidieusement, à cause du projet de loi sur la laïcité, la question non encore réglée de nos rapports avec les Algériens, les Marocains et les Tunisiens pour ne nommer que ceux-là qu’on n’arrête jamais de nous présenter presqu’exclusivement comme des musulmans. Les récents événements à Québec, bien que très circonscrits, ont de quoi donner la nausée.

Sans oublier, le rassemblement de ce qu’on appelle une extrême-droite qu’est venu combattre les valeureux chevaliers cagoulés de l’extrême-gauche afin de montrer son attachement à la démocratie libérale! Cette extrême-gauche (vraisemblablement montréalaise) qui se donne le rôle de police des moeurs, une sorte de Tchéka (police secrète russe imposant la Terreur rouge pendant l’ère soviétique) envers les malotrus racistes (Terreur blanche!) de la ville de Québec et ses environs. À vrai dire, il ne faut pas avoir connu ce qu’est vraiment une extrême-droite et une extrême-gauche pour les nommer ainsi.

Un petit voyage dans l’Italie fasciste de Mussolini (1922-1945), dans l’Allemagne fasciste hitlérienne (1933-1945) sans oublier dans la Russie bolchévique et soviétique de Lénine (1917-1989) et de la Tchéka, nous permettrait de remettre les pendules à l’heure et de dégonfler les baudruches médiatiques qui donnent l’impression que le Québec en son entier est sur le point d’accoucher d’une guerre civile entre l’ultra-gauche et l’ultra-droite.

Revenons à nos migrants de la frontière sud qui s’adonnent à être des Haïtiens pour la vaste majorité dont on sait qu’ils peuvent non seulement compter sur notre aide institutionnelle mais aussi sur le réseau d’entraide haïtien bien implanté à Montréal. Même si le premier ministre du gouvernement fédéral dans sa générosité proverbiale et surtout pour moquer le président d’une grande nation a fait savoir à tous les damnées de la terre que le Canada organisait pour l’été 2017 des Journée Portes ouvertes, il semble que si l’on se fie aux statistiques d’Immigration Canada près de 50% de ces migrants qui se sont pointés ici risque de vivre, plus tôt que tard, une Journée Portes tournantes!

Pour parler plus particulièrement du chef du parti du vaisseau amiral des indépendantistes, même si de l’autre côté de notre frontière là où au Texas et en Louisiane, dans les lieux d’accueil, l’on appelle « invités », les déplacés temporaires victimes de l’ouragan Harvey, afin de leur éviter tout sentiment d’humiliation, il ne peut en être de même ici dans le cas de cette migration soudaine.

En effet, sous couvert de faire de l’ironie politique envers le chef du gouvernement libéral d’Ottawa, le chef de l’Opposition à Québec, par ses propos, risque de faire preuve d’insensibilité envers des gens en situation difficile. Ce n’est pas à l’avantage de qui que ce soit mais surtout cela risque de creuser encore un peu plus le fossé entre ce qu’on appelle le « eux » et le « nous » du Québec.

Qu’est-ce à dire? Le Canada et par conséquent le Québec sont signataires de chartes de droits et libertés, d’ententes internationales de toutes sortes, de pacte de droits sociaux qui en font des démocraties libérales exemplaires malgré tout et qui par définition ont des obligations à respecter. L’accueil de ces demandeurs d’asile malgré l’emprunt d’une voie irrégulière c’est ce qu’on appelle tenir parole face à nos obligations. Cela peut évidemment exiger de nous un certain dérangement dans notre confort et occasionner une certaine dépense imprévue. Mais qu’on ne vienne pas nous faire croire que pour habiller Paul on déshabille Pierre pour inverser la locution proverbiale*.

Nous faire croire, particulièrement sur les réseaux sociaux, voire plutôt asociaux, qu’on a déjà assez de nos pauvres et de nos itinérants qui grèvent le budget de l’aide de dernier recours c’est tenter malicieusement de hiérarchiser les situations pénibles de tout un chacun vivant déjà ici ou s’apprêtant peut-être à y vivre.

De plus, en tout respect, nous serions curieux de savoir si ces mêmes individus qui tout d’un coup pensent à nos pauvres et à nos itinérants sans oublier nos vieux en CHSLD au prise avec les pommes de terre en poudre et l’unique bain possible par semaine, ne sont pas les mêmes qui parfois voire souvent nous tiennent des discours intempestifs sur les chômeurs, les sociaux-assistés en permanence de l’État et les artistes subventionnés.

Alors, comment conclure. Non, il n’y a pas péril en la demeure. Un peuple mature et souverain dans son être national, dans sa fibre citoyenne et dans sa mémoire catholique (universelle) n’a pas à se sentir assiégé dans son budget et dans son identité par une petite crise de migration soudaine venant de la frontière sud. On en a vu d’autres. Elle exige d’être gérée avec doigté et humanité et cela sans naïveté de notre part. Car on aura beau dire que ces gens qui viennent d’ailleurs, viennent prendre « nos » emplois, il faut savoir qu’ils ne viennent prendre que les emplois pénibles que nous ne voulons plus. Parlez-en à nos agriculteurs!

P.S. Un peu plus haut dans notre texte, nous parlions du fascisme. Nous aimerions ajouter que ce qui fait le lit du fascisme c’est moins les démonstrations de rue que notre manière de critiquer nos démocraties libérales et leurs insuffisances. À force d’entendre, « Tous pourris », « Tous pareils » , « Tous corrompus », on met, sournoisement, la table pour le possible avènement de gens qui vont vouloir instaurer ce qui s’appelle « La loi et l’ordre ». En version ultra-gauche ou en version ultra-droite ça s’appellera toujours « La loi et l’ordre » que nous le voulions ou non. Et « La loi et l’ordre » qu’elle soit appliquée par l’un ou l’autre des extrêmes politiques, au final c’est la Raison d’État qui prédomine sur l’individu. Parlez-en à Nicolas Machiavel.

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 * « Déshabiller saint Pierre pour habiller saint Paul ». (Locution complète et habituelle).

« ENCORE DEBOUTTE » L’ACADIE 413 ANS DÉJÀ (1604-2017)

(Le drapeau de l’Acadie. Le Tricolore de la France révolutionnaire et républicaine mais avec en plus une étoile jaune sur la bande bleu.)

(Carte de l’Acadie d’aujourd’hui. Société nationale de l’Acadie)

(Vue d’ensemble de la reconstitution de l’établissement de Port-Royal. Photo: l’abbé Marcel Lessard. 14/07/2017)

(Vue de l’intérieur de l’établissement de Port-Royal. Photo: l’abbé Marcel Lessard. 14/07/2017)

(Henry Wadsworth Longfellow. Buste. sculpteurs: Philippe et Henri Hébert. 1920. Grand-Pré. Photo: Dena Vassallo)

(Évangéline. Statue de bronze. 1920. Grand-Pré. Sculpteur: Philippe Hébert. Photo: Dena Vassallo)

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Les Acadiens et les Québécois ont une parenté lointaine. Nous partageons de glorieux aïeux en les personnes de Champlain, de Marc Lescarbot et du lieutenant général de Henri IV, Pierre Du Gua de Mons.

Pour beaucoup d’entre-nous, l’Acadie nous est connue par les chansons d’Édith Butler et d’Angèle Arsenault, par les prestations théâtrales de Viola Léger incarnant le personnage de la Sagouine, ainsi que des romans d’Antonine Maillet sans oublier la poésie de l’incontournable Herménégilde Chiasson. Quant à Zachary Richard, il nous a fait découvrir non seulement les Cajuns mais aussi le parler cajun!

Mais à vrai dire l’Acadie est un pays sans pays. Un pays sans État, sans frontière juridique. État de coeur plutôt qu’entité politique et juridique. L’Acadie c’est un concept géographique mais un concept vivant au coeur de chaque Acadien et de chaque Acadienne. L’Acadie c’est là où il y a un Acadien.

Il y a, bien sûr, l’Acadie des Maritimes ou l’Acadie de l’Atlantique à savoir les Acadiens du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du- Prince-Edouard et un petit reste à Terre-Neuve-Labrador. Mais il y a aussi les Acadiens de la dispersion. Pensons à la Louisiane et à toutes les petites « Cadies » du Québec ou aux États-Unis voire même en France.

L’Acadie, «ceste terre de bénédictions», comme le disait en 1639 son gouverneur Isaac de Razilly dans une lettre à Marc Lescarbot, l’auteur et créateur du Théâtre de Neptune, fut aussi une terre au climat relativement hostile et ravageur d’hommes. En effet, c’est en juin 1604 que sous la direction de Du Gua de Mons qu’on procéda à une première tentative d’établissement en terre d’Amérique septentrionale sur l’île Sainte-Croix où sévit un hiver désastreux pour une bonne partie de l’équipage soit près de la moitié de ses hommes y sont passés à la trappe.

On déménagea les pénates du côté de Port-Royal dans la Nouvelle-Écosse d’aujourd’hui. Et pour briser la monotonie du grand « hivernement » et raviver l’esprit de la troupe, Samuel de Champlain, l’illustre second de Du Gua de Mons, fonda à Port-Royal, l’Ordre de Bon Temps pendant l’hiver 1606-1607.

Hélas! le territoire de l’Acadie représentait un lieu stratégique pour assurer la suprématie en terre d’Amérique septentrionale à l’un des deux empires coloniaux de l’époque qu’étaient la France et l’Angleterre. C’est ainsi que de 1604 à 1713, l’Acadie changea de mains à sept reprises.

De 1604 à 1755 donc sur 151 ans, l’Acadie de l’époque est sous juridiction anglaise pendant environ 80 ans donc plus de la moitié. Mais les choses se corsent de plus en plus pour la souveraineté française en terre d’Acadie. Finalement, en 1710, Port-Royal tombe définitivement aux mains des Britanniques et qui mènera au fameux traité d’Utrecht de 1713.

Un traité est un traité, il ne dure que le temps où l’un des belligérants décide de le transgresser. Entre 1713 et 1755, il y a toujours possibilité que la France récupère ses territoires perdus en Acadie. Les Acadiens sont toujours pris entre l’exigence d’un serment d’allégeance à la couronne britannique et un certain lien de parenté avec la France métropolitaine.

Mais il faut dire qu’au fil du temps et des générations, autour de 1750 les Acadiens se sentent beaucoup plus Acadiens que Français. À l’instar des Français de la Nouvelle-France qui sont petit à petit devenus Canadiens- Français et que les Anglais des colonies britanniques le long de la côte est se sont de plus en plus sentis Américains vers 1775-1776 que Britanniques, mis à part les Loyalistes, s’entend.

Mais entre le fameux serment d’allégeance et le soutien à la France reconquérante, l’ensemble des Acadiens de l’époque ont épousé le principe de neutralité entre les deux. C’était le début du ni-ni, qui en bout de ligne ne plaisait ni aux Français mais surtout ni aux Britanniques.

Bien qu’un projet de déportation soit dans les cartons de l’administration anglaise depuis 1720 ce n’est que vers 1755 que le choix s’impose définitivement afin d’assurer la sécurité militaire mais aussi pour effacer et éradiquer toute trace de présence française de l’Acadie et éventuellement de toute la Nouvelle-France et ainsi prendre possession du territoire. Ne pouvant plus tolérer les Neutrals French que sont les Acadiens, l’on procède à la Déportation massive des Acadiens. D’abord, ceux de la Nouvelle-Écosse suivi de ceux de l’Île Saint-Jean.

Mieux connu sous le nom du « Grand Dérangement », de 6 000 à 7 000 habitants sur 14 000 à 15 000 habitants sont dispersés entre les colonies anglaises du littoral est qui n’en veulent pas nécessairement. Ils sont souvent fait prisonniers. En 1758, 2 000 à 3 000 habitants sont expédiés en France.

Ne restant pas passifs, des Acadiens sauvent leur peau en se cachant ici et là, dans les forêts. Ils sont souvent aidés et protégés par les Mics Macs et les Etchemins qui sont plus favorables aux Français qu’aux Anglais. D’autres se réfugient au Canada (Nouvelle-France), à l’Île Saint-Jean, au cap Breton, dans les Antilles, sur la Baie-des-Chaleur sans oublier Saint-Pierre-et-Miquelon. Quant à la Louisiane, les Acadiens n’y furent pas déportés. Ce sont plutôt eux qui l’on rejoint en pensant y trouver un territoire français mais à cette période, la Louisiane appartenait aux Espagnols! C’est ainsi que les Acadiens de la Louisiane sont devenus des Cajuns.

Malgré les turpitudes et les aléas du temps, l’époque de la survivance a cédé le pas au temps de l’affirmation nationale acadienne. En 1881, à Memramcook, lors du premier Congrès national des Acadiens, il y avait sur la table, une proposition demandant que la fête nationale soit le jour de la Saint-Jean-Baptiste afin de favoriser un rapprochement avec les Canadien-Français de tout le Canada mais particulièrement de ceux du Québec.

Finalement, pour se singulariser mais aussi parce que les Acadiens se considéraient, en quelque sorte, comme une société distincte, tiens, tiens, les congressistes optent pour adosser leur fête nationale à une autre fête religieuse catholique à savoir l’Assomption de Marie. C’est ainsi que depuis ce temps, le 15 août de chaque année, l’on célèbre la Fête nationale des Acadiens des Maritimes, des Acadiens de la dispersion mais aussi des petites « Cadies » du Québec et des États-Unis d’Amérique.

En 1884, soit trois ans plus tard, lors du Congrès de Miscouche, les Acadiens par la voix des ses congressistes se donnent un drapeau national.  Le Tricolore, soit celui de la France révolutionnaire et républicaine ce que les Acadiens de l’époque ne sont point. Ils y fixent sur la bande bleue une étoile jaune or, le jaune papal pour y signifier leur attachement à l’Église catholique et souligner le rôle de l’Église dans la vie des Acadiens. L’étoile pour saluer la Vierge Marie, l’étoile de la mer. Puis, les délégués entonnent l’Ave Maris Stella qui devient officiellement l’hymne national des Acadiens et des Acadiennes.

Mais cette Acadie, à l’instar du Québec, est « tombée » dans la modernité dans les années soixante du siècle précédent. Elle reste tiraillée entre son passé et son possible destin. Si elle ne peut revendiquer un pays acadien qui s’étalerait sur trois voire quatre provinces de l’État canadien, l’Acadie d’aujourd’hui continue de reposer sur la force de ses réseaux associatifs tout en s’impliquant dans l’arène politico-politique, là où se trouve le vrai pouvoir politique.

Sa littérature, est évidemment plurielle, mais elle se berce ou se balance entre le traumatisme de la Déportation et la possibilité d’entrer, tout de même, dans la modernité des sociétés de démocraties libérales occidentales en voyant dans la Dispersion une manière diversifiée d’être Acadiens. Selon qu’on lise Michel Roy et L’Acadie perdue (1978/Québec-Amérique) ou des auteurs plus jeunes enjambant la tragédie du Grand Dérangement pour en faire le marche-pied d’une Acadie plus que survivante. Un peu comme l’essayiste Léonard Forest qui tente et expérimente La jointure du temps (1997/Perce-Neige) afin de pouvoir malgré tout concilier l’Acadie historique voire traditionnelle et l’Acadie contemporaine.

Comment ne pas parler du poème Évangéline de Henry Wadsworth Longfellow dont un buste se trouve à Grand-Pré, lieu devenu symbole des déportations grâce à cet écrit. Cette sculpture est l’oeuvre de Philippe et Henri Hébert. Elle fut dévoilée, en juillet 1920, par une lady britannique. Fallait le faire! Non mais, il faut avoir l’esprit visiblement tordu pour demander à une représentante du Conquérant de dévoiler le buste de l’auteur d’un poème si accablant pour ses « illustres » ancêtres comme Lawrence, Winslow et j’en passe. Ah! L’arrogance insouciante du conquérant! Dans un tel contexte, on ne se surprendra pas que les Acadiens ont boycotté la cérémonie.

Bon. Tout ce grand détour par l’histoire parce qu’en ce 15 août 2017, jour de Fête nationale et de Fête patronale de Notre-Dame-de-L’Assomption, la rédaction de VILLE-MARIE EXPRESS veut saluer nos cousins et cousines de l’Acadie. Ils sont de quatre années nos aînés. Comme nous, ils sont issus de la même tige. Lors des États généraux du Canada français (1966-1969), l’on a consacré et confirmé la fracture de celui-ci. Le Canada français s’est divisé en trois: l’Acadie, le Québec et l’ensemble des minorités francophones des autres provinces du Canada. Les trois vont leur destin comme ils peuvent mais les trois entités d’origine française se doivent de garder et de nourrir les liens de leur francité et de leur histoire peut importe le statut politique que pourrait choisir un jour le Québec.

Vive l’Acadie. Vive l’Acadie d’antan. Vive l’Acadie de 2017. Vive l’Acadie libre…dans un Canada uni!

P.S. Nous apprenions aujourd’hui même 15 août 2017 par ICI-RADIO-CANADA que la cathédrale Notre-Dame-de-L’Assomption (diocèse de Moncton) inaugurée en 1940 est officiellement désignée monument historique national par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

«VIVE MONTRÉAL, VIVE LE QUÉBEC…VIVE LE QUÉBEC LIBRE» – CHARLES DE GAULLE. 24 JUILLET 1967.

(Le général de Gaulle au balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal. À gauche, la tête entre deux gerbes de fleurs, le maire de Montréal de l’époque, Jean Drapeau. 1967. Photo: AFP)

(Le général de Gaulle avec vue sur la place Jacques-Cartier dans le Vieux-Montréal. 1967. Photo: Archives de Montréal)

(La Une du Journal de Montréal. 25 juillet 1967.)

(Carte de la Nouvelle-France. De la Baie d’Hudson au Golfe du Mexique en passant par l’Océan Atlantique, les Grands Lacs et le Mississipi. C’était tout cela la Nouvelle-France. En bleu sur la carte.)

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Que de fois pour un événement somme toute banal ou pour le moindre exploit, l’on en fait un événement dit historique. En fait, tout événement est par nature historique puisqu’il s’accomplit dans l’histoire mais un événement vraiment historique est, en quelque sorte, un moment qu’on nomme transhistorique. Cela pour dire que c’est un événement qui a non seulement un impact au moment où il se produit mais surtout qu’il continue d’exercer une certaine résonance après son accomplissement.

Les Allemands ont un mot pour signifier cette réalité transhistorique et dont la prononciation comme vous le constaterez est d’une simplicité rare, Wirkungsgeschichte. C’est en quelque sorte l’épaisseur, la profondeur que peut prendre une parole, un événement, voire même une oeuvre d’art à travers les couches de l’Histoire.

Tout ce grand détour, pour parler de ce 24 juillet de l’an de grâce 1967. Il s’en est passé des choses « historiques » en 1967. Qu’on nous fasse grâce de ne pas les nommer ici, vous n’avez qu’à suivre l’actualité.

Notre historien national, l’abbé Lionel Groulx venait tout juste de nous quittés en mai 1967 qu’arrive le général de Gaulle sous l’invitation du premier ministre du Québec Daniel Johnson que le président français appelait affectueusement « mon ami Johnsonnne »!

On a beaucoup péroré sur le fait de savoir si cette déclaration d’amour politique au Québec était improvisée, faite sous le coup de l’émotion ou quelque chose de bassement préméditée de la part de celui qui jadis c’était résolu à se délester de l’Algérie française.

Ce que l’on peut dire, c’est que son arrivée par bateau lui permettait de faire un accroc au protocole. S’il avait pris l’avion, il aurait été obligé de commencer sa visite par Ottawa, capitale, unilingue anglaise, dans un Canada bilingue, là où le nombre le justifie. « Notre » général était résolu à marquer cette visite sous le signe de la France qui se souvient qu’elle a une certaine dette envers ce qui fut jadis la Nouvelle-France.

Son parcours le long du Chemin du Roy en ce 24 juillet 1967 fut en quelque sorte son chemin de Damas avec les héritiers de l’Amérique française. L’enthousiasme des foules tout au long de son périple commencé à Québec pour se terminer en apothéose à Montréal semble avoir insuffler une émotion telle qu’on n’en peut imaginer au pays de Descartes et du cartésianisme.

Mais il est évident qu’en s’appropriant le slogan du mouvement indépendantiste du Québec, il savait sûrement, à sa manière, qu’il mettait le pied sur la ligne Maginot afin de franchir le Rubicon ce qui le mettrait en délicatesse avec le gouvernement canadien et qu’ainsi le sort des relations triangulaires Québec-France-Canada en était jeté « Alea jacta est  » comme disait l’autre.

De Gaulle est mort avant d’avoir terminé la rédaction de ses Mémoires nous privant ainsi de son explication et de son explicitation de cette journée mémorable du 24 juillet 1967. Mais en novembre 1967, il s’en est expliqué un peu dans une entrevue. En effet, lors de cette entrevue, il avait, entre autre chose, laissé entrevoir la possibilité d’un Québec pays souverain.

À l’époque, il est vrai qu’il a pu passer pour un malpoli de venir cracher, in situ, dans la soupe constitutionnelle canado-québécoise. Mais un certain devoir face à l’histoire exigeait de lui de jouer la ligne de risque. Il s’était souvenu qu’une bouture française avait été semée en terre d’Amérique plus de trois cents ans auparavant et qu’il était du devoir de l’ancienne mère-patrie de dire à ce peuple d’ascendance française «Je vous ai compris» . (À suivre).