«VIVE MONTRÉAL, VIVE LE QUÉBEC…VIVE LE QUÉBEC LIBRE» – CHARLES DE GAULLE. 24 JUILLET 1967.

(Le général de Gaulle au balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal. À gauche, la tête entre deux gerbes de fleurs, le maire de Montréal de l’époque, Jean Drapeau. 1967. Photo: AFP)

(Le général de Gaulle avec vue sur la place Jacques-Cartier dans le Vieux-Montréal. 1967. Photo: Archives de Montréal)

(La Une du Journal de Montréal. 25 juillet 1967.)

(Carte de la Nouvelle-France. De la Baie d’Hudson au Golfe du Mexique en passant par l’Océan Atlantique, les Grands Lacs et le Mississipi. C’était tout cela la Nouvelle-France. En bleu sur la carte.)

__________________________________

Que de fois pour un événement somme toute banal ou pour le moindre exploit, l’on en fait un événement dit historique. En fait, tout événement est par nature historique puisqu’il s’accomplit dans l’histoire mais un événement vraiment historique est, en quelque sorte, un moment qu’on nomme transhistorique. Cela pour dire que c’est un événement qui a non seulement un impact au moment où il se produit mais surtout qu’il continue d’exercer une certaine résonance après son accomplissement.

Les Allemands ont un mot pour signifier cette réalité transhistorique et dont la prononciation comme vous le constaterez est d’une simplicité rare, Wirkungsgeschichte. C’est en quelque sorte l’épaisseur, la profondeur que peut prendre une parole, un événement, voire même une oeuvre d’art à travers les couches de l’Histoire.

Tout ce grand détour, pour parler de ce 24 juillet de l’an de grâce 1967. Il s’en est passé des choses « historiques » en 1967. Qu’on nous fasse grâce de ne pas les nommer ici, vous n’avez qu’à suivre l’actualité.

Notre historien national, l’abbé Lionel Groulx venait tout juste de nous quittés en mai 1967 qu’arrive le général de Gaulle sous l’invitation du premier ministre du Québec Daniel Johnson que le président français appelait affectueusement « mon ami Johnsonnne »!

On a beaucoup péroré sur le fait de savoir si cette déclaration d’amour politique au Québec était improvisée, faite sous le coup de l’émotion ou quelque chose de bassement préméditée de la part de celui qui jadis c’était résolu à se délester de l’Algérie française.

Ce que l’on peut dire, c’est que son arrivée par bateau lui permettait de faire un accroc au protocole. S’il avait pris l’avion, il aurait été obligé de commencer sa visite par Ottawa, capitale, unilingue anglaise, dans un Canada bilingue, là où le nombre le justifie. « Notre » général était résolu à marquer cette visite sous le signe de la France qui se souvient qu’elle a une certaine dette envers ce qui fut jadis la Nouvelle-France.

Son parcours le long du Chemin du Roy en ce 24 juillet 1967 fut en quelque sorte son chemin de Damas avec les héritiers de l’Amérique française. L’enthousiasme des foules tout au long de son périple commencé à Québec pour se terminer en apothéose à Montréal semble avoir insuffler une émotion telle qu’on n’en peut imaginer au pays de Descartes et du cartésianisme.

Mais il est évident qu’en s’appropriant le slogan du mouvement indépendantiste du Québec, il savait sûrement, à sa manière, qu’il mettait le pied sur la ligne Maginot afin de franchir le Rubicon ce qui le mettrait en délicatesse avec le gouvernement canadien et qu’ainsi le sort des relations triangulaires Québec-France-Canada en était jeté « Alea jacta est  » comme disait l’autre.

De Gaulle est mort avant d’avoir terminé la rédaction de ses Mémoires nous privant ainsi de son explication et de son explicitation de cette journée mémorable du 24 juillet 1967. Mais en novembre 1967, il s’en est expliqué un peu dans une entrevue. En effet, lors de cette entrevue, il avait, entre autre chose, laissé entrevoir la possibilité d’un Québec pays souverain.

À l’époque, il est vrai qu’il a pu passer pour un malpoli de venir cracher, in situ, dans la soupe constitutionnelle canado-québécoise. Mais un certain devoir face à l’histoire exigeait de lui de jouer la ligne de risque. Il s’était souvenu qu’une bouture française avait été semée en terre d’Amérique plus de trois cents ans auparavant et qu’il était du devoir de l’ancienne mère-patrie de dire à ce peuple d’ascendance française «Je vous ai compris» . (À suivre).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *